Au Royaume-Uni, de nouveaux objectifs de biodiversité pour toute nouvelle construction

Au Royaume-Uni, chaque nouveau développement immobilier et d'infrastructures devra prochainement contribuer à une amélioration globale de la biodiversité : c'est le « Biodiversity Net gain ».

En France, plus de 65 000 hectares ont été artificialisés en moyenne chaque année entre 2006 et 2015, soit en 10 ans près de l’équivalent du département du Loir-et-Cher. L’expansion des sols artificiels peut prendre plusieurs formes : les sols « bâtis » (logements, bureaux, etc.), les sols « revêtus et stabilisés » (routes, voies ferrées, parkings, chemins construits, etc.), et d’autres encore (chantiers, terrains vagues, espaces verts artificiels). Depuis les années 1980, l’artificialisation des sols est plus rapide que l’augmentation démographique. Et, d’après le Commissariat général au développement durable, elle occasionne une « perte de ressources naturelles et agricoles » et une « forte pression sur la biodiversité ».

En France, engager les promoteurs pour réduire l’impact de l’artificialisation ?

Pour y remédier, les constats s’affinent et les solutions se multiplient, comme par exemple mieux valoriser le stock de logements disponibles. En 2018, le gouvernement français avait inclu dans son plan biodiversité un objectifs « zéro artificialisation nette » – certes sans plan d’action contraignant, comme l’avaient noté certains chercheurs. « Comme il n’est pas envisageable d’imaginer un arrêt complet de la demande d’aménagement, même à long terme, le terme « nette » signifie ici que de nouvelles surfaces devront être nécessairement compensées par de la restauration écologique de terrains aujourd’hui artificialisés », avait alors analysé l’Iddri. Le think tank rappelait ainsi que, comme nous ne pouvons pas nous arrêter de construire, il s’agit plutôt de créer des mécanismes de compensation.

Pourtant, de tels mécanismes sont complexes à mettre en place : peu de terrains libres pour créer des projets « naturels », coût élevé des projets de requalification d’anciens sites artificiels, etc. Pour le think tank, la solution passe nécessairement par le fait de « rédui[re] au maximum le gaspillage d’espace » et, donc, par un dialogue avec les acteurs de la promotion immobilière. « Une réflexion sur le ralentissement de la croissance des surfaces de zones commerciales et d’activité mises en chantier, aujourd’hui plus forte que la croissance économique, pourrait être d’un intérêt commun aux acteurs économiques comme à ceux de la biodiversité », ajoutaient les chercheurs.

Le « gain net de biodiversité » britannique, mode d’emploi

Le Royaume-Uni, l’un des États les plus densément peuplés et des plus artificialisés d’Europe, est peut-être sur une bonne piste. Le législateur britannique vient en effet d’annoncer son intention de rendre obligatoire le dispositif « Biodiversity Net Gain » : cette réglementation impose aux nouveaux projets de construction de prendre en compte leurs impacts sur les habitats naturels. Concrètement, les promoteurs devront démontrer que leurs projets « améliorent » la biodiversité, en s’appuyant sur un système d’évaluation reposant sur des « unités de biodiversité », la métrique proposée par le ministère et récemment actualisée.

Le gouvernement britannique indique que les mesures « on site » (création de couloirs de biodiversité, plantation d’arbres ou création d’autres types d’espaces naturels) doivent rester la norme, même si un système de compensation financière pourra toujours être utilisé pour financer d’autres projets. De quoi enrayer le recul de la biodiversité au Royaume-Uni ? Barratt Homes, Redrow et Berkeley Group, trois grands promoteurs britanniques, n’ont en tout cas pas attendu la législation pour lancer des projets-pilotes de quantification de l’impact de leurs projets sur la biodiversité. Chantres du « nature inclusive building », Berkeley a par exemple son propre « calculator » et Redrow note qu’il n’aurait pas « trop de difficultés » à se lancer pour de bon. En France, c’est la startup Urbalia qui mène la danse, avec son outil prédictif de calcul d’impact d’un projet sur la biodiversité.

Une inquiétude persiste toutefois : les mécanismes de compensation prendront-ils le pas sur les mesures « on site », concourant in fine à faire absorber le coût des mesures pro-biodiversité dans le prix des terrains ? Reste à s’entendre sur la métrique et sur les objectifs à tenir… Certains projets locaux, comme dans le Comté de Warwickshire, ont montré, au-delà de leurs outils d’évaluation assez basiques, que le succès reposait avant tout sur sa capacité à planifier. Au cœur des West Midlands, les standards mis en œuvre permettent ainsi d’évaluer « les pertes en termes de biodiversité de tel ou tel développement, et, de l’autre côté, de calculer ce qui doit être fait pour atteindre un gain net et de savoir où cela peut être effectivement réalisé ». La biodiversité, figure imposée des projets de demain ?