CityScope : l’IA pour un urbanisme éclairé

Conçu par le « City Science Group » du MIT Media Lab, CityScope est une plateforme qui allie Lego, IA et urbanisme. Comment fonctionne cet outil ? Dans quelle mesure peut-il nous aider à bâtir des villes vivantes et où il fait bon de vivre ? Pour répondre à ces questions, Hubert Béroche, fondateur du projet Smart World, a rencontré Ariel Noyman (Doctorant au MIT Media Lab City Science Group) et Phi Tinn (Chercheur au City Science Group du MIT Media Lab) au MIT Media Lab. L'article a été précédemment publié sur le site officiel du projet.

CityScope IA

Une plateforme d’aménagement urbain connectée

Inventé en 2013, CityScope est une plateforme d’aménagement urbain pour le moins surprenante. Et pour cause, CityScope est entièrement faite de Lego : parkings, parcs, hotels, magasins etc. toutes les infrastructures d’une ville sont reproduites avec les briques du géant danois. Mieux, elles sont agencées et réparties selon la géographie et l’urbanisme de la ville à laquelle s’applique la plateforme.

 

 

 

L’un des enjeux de CityScope est de mieux visualiser les transformations engendrées par des aménagements urbains. La maquette Lego est ainsi connectée à un logiciel qui évalue, en temps réel, les changements (sociaux, économiques, démographiques, etc.) entrainés par le déplacement d’une brique (qui représente une infrastructure de la ville). Pour ce faire, le logiciel dispose de plusieurs index (diversité sociale, pollution de l’air, etc.) qui évoluent selon les transformations urbaines imaginées. Par exemple : l’ajout d’un magasin dans un quartier pourra faire augmenter son index de santé économique mais diminuer celui de sa diversité sociale.

Utilisée par plus de 15 villes dans le monde, CityScope a notamment fait ses preuves à Hambourg, où elle a contribué à gérer la crise des migrants. « De nombreux migrants sont soudainement arrivés à Hambourg. Dans ce cas, on est tenté de les loger là où il y a de la place. Mais ce n’est pas la bonne option. CityScope permet certes de trouver une solution sur le court terme (en estimant la capacité d’accueil des infrastructures de la ville), mais elle rend surtout possible une approche plus contextuelle, afin de déterminer les quartiers où ces nouveaux arrivants ont le plus de chance de s’intégrer » (Phil Tinn).

L’exemple d’Andorre

CityScope permet également d’identifier des usages et d’analyser comment des individus s’approprient un territoire. C’est notamment la raison pour laquelle la plateforme a été déployé à Andorre. « On a voulu comprendre pourquoi certaines places étaient vivantes, animées et pourquoi d’autres ne l’étaient pas » (Ariel Noyman). A cet égard, les équipes du City Science Group ont commencé par récolter des données comportementales. « La principauté dispose d’un seul opérateur télécom. On était ainsi en mesure, avec un haut niveau de granularité (2m à 3m), d’analyser les déplacements d’une large partie de la population andorrane (70 000 points de donnée par seconde pour une population de 76 000 habitants) ». Ce jeu de données a ensuite été couplé avec d’autres informations liées aux infrastructures et aux aménagements d’Andorre. C’est à ce moment précis que de l’IA intervient. Cette dernière a mis en évidence des corrélations après avoir analysé d’immenses quantités de données.

« On a constaté que les places proches d’une école étaient peu animées. En revanche, les structures religieuses renforcent la vitalité d’un espace public. Par ailleurs, on a observé une corrélation positive entre la diversité culturelle d’une place et sa vitalité » (A.N). CityScope a également révélé d’étonnants résultats : « On s’est rendu compte que les parcs diminuaient l’attractivité d’un espace. Ce phénomène s’explique par le fait qu’Andorre est bordé de magnifiques montagnes et espaces verts. Les andorrans, et surtout les touristes, sont donc plus enclins à quitter la ville pour trouver du calme et de la verdure ».

Un urbanisme éclairé et transparent

CityScope permet donc d’appréhender une ville dans sa singularité et d’en comprendre les usages. A cet égard, il représente un formidable outil d’aménagement du territoire. Ici, l’IA rend possible un urbanisme éclairé, au service des citoyens.

Une version digitale et ouverte de CityScope est également disponible en ligne. « On a des personnes du monde entier, par exemple de Budapest, qui utilisent notre plateforme » (A.N). Pour autant « la véritable plus-value de CityScope réside dans son interface physique. Avec les lego, les personnes essayent naturellement des aménagements » (P.T). Une forme de co-gouvernance qui favorise la transparence et les échanges.

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