Construction : demain, des métiers féminisés ?

Égalité hommes-femmes, mais aussi réponse aux pénuries de talents et quête de diversité en vue d’accroître sa performance : pour des raisons diverses, le recrutement des femmes dans le BTP, l’un des secteurs historiquement les plus masculins, progresse. Trop lentement ? Changement profond des mentalités, verdissement des compétences et numérisation pourraient changer la donne.

« Nos métiers peuvent être effectués aussi bien par des femmes que par des hommes ». Par cette déclaration, Patrick Liébus, président de la Confédération de l’artisanat et des petites entreprises du bâtiment (Capeb), invitait en 2015 à déconstruire les stéréotypes – infondés – selon lesquels la force physique serait un préalable pour travailler dans les métiers du bâtiment. Des stéréotypes qui participent grandement à la grande sous-représentation féminine dans le secteur, toujours à l’œuvre aujourd’hui : on compte en moyenne 12% de femmes dans les effectifs (contre 9% en 2000). Une proportion maximisée par la relative féminisation des postes administratifs, mais qui se réduit à portion congrue (1,5%) pour les métiers ouvriers et qui demeure très faible pour les tâches d’encadrement (19%).

Difficultés de recrutement et changements de mentalité

Risques de discrimination au recrutement, de harcèlement sexuel au travail et difficultés à s’insérer dans des milieux très masculins : les obstacles sont nombreux et renvoient à des représentations culturelles qui ont des répercussions dès les choix d’orientation. On compte ainsi 25% de femmes à l’École Supérieure des Jeunes Dirigeants du Bâtiment (ESJDB), et (beaucoup) moins dans les formations type CAP ou BTS, notamment dans la production, la technique et l’encadrement de chantier. « La féminisation du secteur se développe dans tous les métiers et dans toutes les fonctions », écrivait pourtant récemment la Fédération Française du Bâtiment, en écho à une certaine prise de conscience du secteur. Celui-ci voit en effet la mixité comme un objectif en soi mais, aussi, comme un gage de performance.

Les initiatives se multiplient à l’échelle gouvernementale, interprofessionnelle ou des entreprises elles-mêmes. Des réseaux professionnels de valorisation des talents féminins se mettent en place, à l’image de Women Building Futures au Canada, Built by Her ou Chicks with Bricks au Royaume-Uni. Les femmes s’affirment enfin comme un nouveau vivier de talents au sein d’initiatives visant à pallier les difficultés de recrutement. Pour ce faire, aux Etats-Unis, les encouragements faits aux jeunes filles à se lancer dans des carrières liées au BTP se doublent de mesures pour« créer un environnement de travail sûr et une culture accueillante », incluant des efforts sur les installations sanitaires, les équipements de protection personnels et la lutte contre les intimidations sur le lieu de travail.

Les entreprises s’engagent aussi dans cet effort de féminisation des métiers. En 2018, VINCI Construction a animé une équipe transversale mixte dédiée à l’élaboration de solutions pour favoriser la féminisation de l’entreprise dans le cadre du programme OPEN. Dans la continuité de cette démarche, VINCI Construction se fixe des objectifs ambitieux pour les années à venir au travers de son plan d’action Mixité, et mettra en place en 2019 un vaste programme de coaching pour les femmes managers afin de les accompagner vers les postes de direction.

Numérisation et construction écologique : deux leviers de féminisation ?

Ce volontarisme est aussi le signe d’une évolution progressive des mentalités, dans nos sociétés où la question de l’égalité hommes-femmes devient, secteur après secteur, un « sujet ». Mais outre cette évolution palpable des mentalités, quels éléments objectifs permettent de croire à une réelle féminisation du secteur, aujourd’hui et à l’avenir ?

Avec la mécanisation avancée de l’industrie du bâtiment, l’idée reçue selon laquelle la force physique est un prérequis indispensable pour travailler dans le secteur n’a plus lieu d’être. La réduction de la pénibilité et l’arrivée de compétences nouvelles liés à la numérisation des tâches font désormais parties du nouveau paysage du BTP. Les solutions visant à diminuer les risques de troubles musculo-squelettiques et à limiter les contraintes musculaires se multiplient, comme cet exosquelette conçu par de jeunes ingénieurs français pour réduire l’impact de la répétition des charges. La robotisation, de surcroît, s’ajoute à la mécanisation déjà amplement répandue, et laisse entrevoir le développement de nombreux postes adaptés aux femmes, bien au-delà du commercial, de la gestion, du management et de la sécurité.

La construction des infrastructures et bâtiments du futur impliquerait, plus généralement, des chantiers plus que jamais ouverts aux femmes. En s’appuyant sur des travaux de l’Université de Berkeley, certains avancent que « les entreprises avec le plus de femmes […] à des postes d’encadrement sont les plus susceptibles de prendre des mesures proactives d’amélioration de l’efficacité énergétique, d’investissement dans les énergies renouvelables et de réduction des émissions carbonées ». D’ici à 2050, les « green skills », qui apparaissent encore insuffisamment représentées sur l’ensemble de la chaîne de valeur du secteur, seraient-elles alors « le » futur levier d’inclusion des femmes dans le BTP ?

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La féminisation reste fondamentalement liée à une évolution des représentations culturelles. Les témoignages de femmes travaillant dans la construction et la mise en avant de « role-models » sont, à cet égard, déterminants.

> Retrouvez en vidéo plusieurs témoignages, donnés à l’occasion de l’événement Leonard:Paris, « Etre une femme dans le BTP : mission possible ! », du 8 mars dernier :

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