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Intrapreneuriat : entreprendre sans quitter sa boîte

Ils sont dix collaborateurs de VINCI, venus participer à la “Rush Week”, étape centrale du parcours “My VINCI Startup” dédié aux intrapreneurs. Il y a deux mois, ils intégraient le programme proposé par Leonard, la plate-forme de prospective et d’innovation de VINCI pour développer une nouvelle idée de business, inspirée le plus souvent par leur propre activité. Une incubation interne, en somme, qui s’adresse à des salariés “ayant deux choses en commun : le goût de la liberté allié à un esprit corporate”, résume Karim Selouane, porteur d’une solution de résilience au changement climatique.

 

La liberté, l’esprit d’entreprise et, surtout, la bonne idée.

Habitat partagé, impression 3D de structures en béton, gestion des déchets de chantier… si les projets innovants ne manquent pas, la transformation de l’idée en business est un vrai défi. Il s’agit pour ces salariés d’acquérir des compétences en business et en marketing qui viendront compléter leur expertise. Lors de sa présentation, l’un des intrapreneurs plaisante : “Mon dernier cours de marketing remonte à 1992, Internet n’existait même pas !”Leurs coaches en ont conscience. Aussi le programme de la semaine a-t-il été conçu pour leur apporter ces nouvelles compétences.

 

“On apporte deux choses, explique Maxime Guillaud, coach : la méthodologie et les outils pédagogiques. Ils doivent se mettre à penser finance, ressources humaines, clients, comme des dirigeants — autrement dit, comme des entrepreneurs.”

 

“On est là parce qu’on aime prendre des risques, tester des solutions, tout en étant accompagnés par notre entreprise”, analyse Damien Bahon, candidat au programme et ingénieur R&D chez VINCI Construction France. À charge pour eux de concilier leurs fonctions et leur nouveau projet. Défi relevé pour les candidats, qui finissent la Rush Week le sourire aux lèvres. “J’avais la pêche en venant tous les matins”, raconte Samir Bengelloun, HR Business Partner chez VINCI Construction Grands Projets le dernier jour, en restituant son projet devant toute la promotion et l’équipe des coaches. Il faut dire que le jeu en vaut la chandelle : “avec la révolution numérique, l’humanité fait face à des transformations de grande ampleur, affirme Pierre Guehenneux, qui porte un projet de reengineering des chantiers de construction à Vannes. Aujourd’hui, le mot “réinventer” signifie vraiment quelque chose. On peut changer le monde.”

 

Développer un projet innovant, avec les ressources et l’appui de son entreprise : c’est la promesse de l’intrapreneuriat, une pratique née aux Etats-Unis dans les années 1970. Contraction des termes « interne » et « entrepreneuriat », il consiste à transformer une idée en activité rentable au sein de son organisation. Ces profils hybrides, à la fois entrepreneurs et managers, doivent permettre à l’entreprise de faire émerger des projets innovants depuis sa base.

« L’intrapreneuriat me permet de sortir de ma zone de confort, des choses que je maîtrise au quotidien. Pour moi, c’est une vraie bouffée d’oxygène », reconnaît Samir Bengelloun, HR Business Partner chez VINCI Construction Grands Projets. Il a été sélectionné cet été, avec dix autres salariés de VINCI, pour rejoindre le parcours intrapreneurs proposé par Leonard, la plate-forme de prospective et d’innovation de VINCI. Ce parcours vise à soutenir une nouvelle idée de business, inspirée le plus souvent par l’activité quotidienne des intrapreneurs. La première phase de l’incubation porte sur 4 mois, avec un engagement à 20 % du temps de travail. Étape-clef du parcours, la « Rush Week », a eu lieu du 13 au 16 novembre dernier, à Paris. Retour sur ces quatre jours de formation intensive, orientée business.

Concilier technique et business, le défi des intrapreneurs

La « Rush Week » débute dans les locaux de Leonard, près de la Gare de Lyon, à Paris. Devant les coaches et l’ensemble de la promotion, les candidats présentent une première ébauche de leurs projets. La plupart des pitchs sont encore imprécis. « Je l’ai préparé ce matin dans le train, en 10 minutes », glisse un candidat à son voisin. En début d’après-midi, enthousiastes, les intrapreneurs se dirigent vers la Station F, le campus de start-up créé par Xavier Niel à deux pas des locaux de Leonard.

Dans la « Creativity Room » dédiée au brainstorming, les candidats retrouvent leur coach pour un atelier « Business Canvas », un outil destiné à ébaucher un état des lieux du modèle économique d’une entreprise. Sous sa forme classique — théorisée par le chercheur et entrepreneur suisse Alexander Osterwalder -, il compte neuf étapes : proposition de valeur, segmentation clients, canaux de distribution, relations client, sources de revenus, ressources clef, partenaires clef, activités principales et structure des coûts.

 

« J’ai du mal à voir comment tu vas gagner de l’argent ». Face à un collègue pas encore totalement convaincu, un intrapreneur défend son projet avec l’aide de sa coach. « Ils ont la solution, mais pas toujours la vision business et la conscience que la solution doit être rentable, qu’il faut un client, sourit Pascaline Bertaux, un peu plus tard. Je coache aussi des projets à HEC Entrepreneurs, et c’est tout l’inverse : eux ont une vision hyper business, on est obligés de leur demander d’aller plus en détail dans les solutions techniques. Pour les intrapreneurs de VINCI, l’enjeu est au contraire de prendre de la distance. »

« On a envie de repousser les limites de notre statut de salariés »

Dans cette optique, des entrepreneurs — et intrapreneurs — aguerris ont été invités par Leonard grâce à Impulse Partners et l’Incubateur HEC, pour les faire bénéficier de leur expérience. Ici, pas de langue de bois : « On pense, on respire, on vit pour le projet », explique Marie Combarieu, ancienne intrapreneuse de Saint-Gobain et fondatrice de la start-up Ecodrop, lors de la dernière table ronde de la journée. Un engagement qu’il s’agit, pour l’intrapreneur, de concilier pendant ce temps d’incubation avec ses fonctions au sein de sa Business Unit.

« On a envie de repousser les limites de notre statut de salariés tout en partageant les valeurs du groupe auquel on appartient, analyse Damien Bahon, porteur d’un projet de modélisation 3D adapté aux petits budgets. L’intrapreneuriat permet aussi d’accélérer les solutions. Dans l’emploi salarial classique, les idées neuves suivent un parcours complexe avant d’être adoptées. Ici, on se dit “Il y a un problème, voilà ma solution, qui s’adresse à ce marché”, et tout le programme converge vers la concrétisation de cette idée. C’est du concret ! »

« On ne naît pas entrepreneur, on le devient »

Aux deuxième et troisième jours, la pédagogie adoptée pour la « Rush Week » commence à porter ses fruits. Durant l’atelier « Pitch & Assertivity », la « chief pitch officer » Vanessa Querville invite Karim Selouane, l’un des candidats, à présenter son projet. Son discours, construit mais encore émaillé de jargon, est corrigé en live par l’experte : en moins de 10 minutes, le résultat est bien plus convaincant. L’audience, séduite, applaudit.

« La manière de fonctionner me correspond bien, témoigne Karim un peu plus tard. Je me sens à l’aise dans la manière de poser des questions, de me remettre en cause, d’échanger, d’avancer. Cette expérience managériale de Leonard serait très utile aux gens dans leur travail quotidien : le challenge, les échanges… Surtout pour les profils comme les nôtres, ayant deux choses en commun : le goût de la liberté allié à un esprit corporate. »

Un enjeu dont les coaches de la promotion 2017 ont bien conscience. « L’intrapreneuriat, c’est une façon de penser à part, explique Maxime Guillaud, fondateur d’Inskip, qui accompagne les équipes de Leonard pour le parcours intrapreneuriat. On ne pense ni pour soi, ni pour son entreprise, mais pour créer un business dans un écosystème qui évolue, où les modèles économiques et les façons de travailler changent. Les candidats doivent apprendre à penser global, comme des dirigeants responsables : à la finance, aux salariés, aux clients, au coup d’après. Ça n’est pas inné, ce sont des compétences qui s’apprennent ». Et Maxime Guillaud de paraphraser Erasme : « On ne naît pas entrepreneur, on le devient. »

Les intrapreneurs, fer de lance de l’innovation

Pour leur montrer la voie au soir du deuxième jour, Julien Coulon, fondateur de Cedexis, spécialiste de l’amélioration du temps de chargement des pages Web, est la guest star de la soirée « networking », où se retrouvent une centaine de collaborateurs de VINCI, managers, coaches et candidats à la prochaine promotion. Lui a bien assimilé l’importance du storytelling et des phrases-choc : «Un entrepreneur dort comme un bébé : il se réveille toutes les 3 heures, et il pleure. » Enthousiasmés par son discours plein d’humour — et aussi par le succès de sa start-up -, les apprentis intrapreneurs enchaînent le lendemain sur un atelier « Growth Hacking » et une session d’improvisation théâtrale, destinée à leur inculquer les bases du leadership.

Pour leur dernier jour, qui se déroule à Numa, un accélérateur parisien de Leonard, les candidats disposent encore d’une session de travail avec les mentors et des experts pour finaliser leurs « pitchs ». « J’ai pu parler à Karina, de Numa, raconte Alice Blouët, qui copilote un projet lié à l’impression 3D. Elle m’a expliqué comment mieux toucher les architectes, comment travailler avec la concurrence, faire dans le qualitatif et cibler les clients. »

« On a une ligne directrice commune : on prépare tous le futur »

Une fois prêts, les intrapreneurs présentent une dernière fois leurs projets. « Les membres de cette première promotion sont les meilleurs ambassadeurs de cet esprit d’entreprendre, indique Nathalie Martin-Sorvillo, directrice des Programmes innovants de Leonard. D’ailleurs, certains en ont déjà parlé à des collègues, qui ont déposé à leur tour leur projet sur la plateforme leonard.vinci.com. » Les intrapreneurs ont maintenant jusqu’au 31 janvier 2018 pour affiner leur proposition de valeur, avant de passer devant le nouveau comité de sélection pour passer en phase d’accélération.

« Un esprit d’équipe est né cette semaine entre les porteurs de projets. Même si on est sur des sujets très différents, on a une ligne directrice commune : on prépare tous le futur, indique Pierre Guéhenneux. L’enjeu qui pèse sur notre génération est énorme, et je crois que les ingénieurs sont les “apporteurs” de solutions. Aujourd’hui, le mot “réinventer” signifie vraiment quelque chose. On peut changer le monde. »

Source : Usbek & Rica

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