Le premier achat immobilier via contrats intelligents

En septembre dernier, la place de marché immobilière Propy a annoncé la “première vente immobilière mondiale effectuée sur la blockchain Ethereum”. Concrètement, le fondateur de TechCrunch, média nord-américain spécialisé dans les nouvelles technologies, a acquis, via Propy, un appartement à Kiev (Ukraine), et ce au travers de contrats intelligents.

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Si vous n’êtes pas expert Blockchain, un décryptage s’impose. La transaction s’est déroulée sur Ethereum, une plateforme applicative distribuée, c’est-à-dire un réseau de milliers d’ordinateurs partageant la même base de données (ce qu’on appelle la blockchain, qui correspond à l’image d’un registre sécurisé by design). L’architecture de ce réseau, encore à l’état d’« expérimentation non mature » et avec peu d’applications déjà concrétisées, est encore loin de pouvoir supporter des millions d’utilisateurs. Elle permettra toutefois, en théorie, le développement d’applications décentralisées qui peuvent apporter fiabilité, immuabilité et sécurité sans intermédiaire.

Les contrats intelligents (smart contracts), ne sont pas seulement une transaction sur le cadastre décentralisé qu’est la blockchain : ce sont des programmes informatiques dont l’exécution se fait de manière automatique dès lors qu’un certain nombre de conditions fixées a priori (et immuables) sont remplies – et vérifiées automatiquement. Ces contrats « autonomes », s’adossant particulièrement bien à Ethereum, se déclenchent donc en confiance entre utilisateurs et sans nécessité de tiers, promettant d’automatiser un certain nombre de transactions. Ils menacent en cela les plateformes se positionnant comme un tiers de confiance. Slock.it, start-up de smart contracts proposant à ses utilisateurs de « louer, vendre ou partager tout ce que vous voulez », se présente ainsi comme la future infrastructure de l’économie du partage. En un mot : un Airbnb-killer.

Pour Propy, l’opération « ouvre la voie à bien d’autres transactions immobilières à distance sur la blockchain », la start-up annonçant des coopérations similaires futures avec les gouvernements de Dubaï ou de l’Etat de Californie.

En Suède ou dans certains comtés américains, l’enregistrement public de l’achat-vente de propriétés en utilisant des plateformes blockchain privées est déjà possible. Toutefois, dans la plupart des pays, y compris en France, la régulation ne reconnaît pas comme des actes notariés authentiques les opérations réalisées sur ce type de registre. Les notaires anticipent toutefois une évolution possible et plaident pour une blockchain notariale publique ; ils revendiquent d’être les mieux à même de jouer le rôle de “tiers de confiance” – un paradoxe, puisque toute la promesse de la technologie blockchain est justement de pouvoir se passer de ces tiers de confiance

Reste que le principe de la « tokenisation » des actifs immobiliers est sur la voie de créer un nouveau mode de propriété. Les tokens, en effet, sont des actifs numériques uniques, échangeables de manière sécurisée et sans tiers, entre deux entités : les tokens permettent, pour qui les achètent, d’authentifier sa possession d’une partie d’un bien. Ils s’avancent, avec des acteurs déjà positionnés comme Atlant, comme un autre front de rupture “blockchain”. Et sur ce front, le rôle que devront jouer les acteurs traditionnels du secteur est encore peu clair…