Les déchets du bâtiments, un flux à valoriser

Volonté politique, pression écologique et innovation technologique : les planètes semblent s’aligner aujourd’hui en faveur d’un recyclage plus efficace des déchets du bâtiment.

Valorisation des déchets du BTP

La Fédération Federec présentait en octobre ses résultats sur l’année 2017. Avec 102 millions de tonnes collectées, dont 40,4 millions pour le seul secteur du bâtiment, les chiffres sont en hausse de 2% par rapport à l’année précédente, et le secteur affiche un chiffre d’affaire de 1,78 milliards d’euros. Des résultats encourageants qui ne calment pas l’inquiétude du secteur face à la FREC (Feuille de Route Économie Circulaire) du gouvernement. Celle-ci prévoit en effet la création d’une Filière de Responsabilité élargie du producteur, qui imposerait des conditions de plus en plus strictes concernant le recyclage des déchets. Les acteurs du BTP préparent ainsi l’avenir, dans lequel l’enjeu du recyclage des déchets est incontournable.

Vers des modèles circulaires

Aujourd’hui, 50% des déchets issus du secteur de la construction en Europe sont recyclés ou réutilisés. En 2008, le Waste Framework Directive fixait un objectif de 70% à l’horizon 2020, avec des conséquences importantes sur les flux de matériaux. Legambiente, une ONG italienne, estime qu’un tel chiffre pourrait réduire drastiquement la quantité des prélèvements de ressources naturelles, soit l’équivalent de la fermeture de 100 carrières en Italie pendant un an… Dans le même temps, les estimations laissent entrevoir un marché important pour la valorisation des déchets. Le Moniteur indique ainsi une valeur potentielle à la revente de 500 millions d’euros pour les déchets en France.

Le principal enjeu reste la structuration de la filière, souvent reléguée au second plan dans une économie en flux tendu. Figures de proue de ce secteur en pleine évolution, les places de marché se multiplient afin de mettre en relation l’offre et la demande. Cycle Up, Backacia ou Raedificare tentent aujourd’hui de mettre en place des modèles économiques viables pour se tailler la part du lion dans un secteur encore émergent. Waste Marketplace, solution digitale de gestion des déchets de chantier portée par Jérôme de Tomasi, intrapreneur de VINCI accompagné par Leonard, propose également une place de marché qui choisit, via un algorithme, la meilleure destination pour les déchets pour optimiser leur revalorisation à un moindre coût. Le projet a reçu le prix Coup de coeur des étudiants lors des Trophées Trajectoires BTP de Moniteur, qui récompense la carrière des acteurs de la construction. Face à eux se dressent de nombreux défis : logistiques (autour de la dépose des matériaux), concernant la qualité (qui doit être validée par un bureau de contrôle), mais également économiques (face à la concurrence des produits “neufs”).

L’innovation au service du traitement des déchets

Pour répondre aux nouveaux enjeux du recyclage, toute une chaîne d’innovation s’anime. Le monde du logiciel propose de plus en plus de solutions dédiées à la gestion des déchets, à l’image d’AMCS ou de Gensuite, qui permettent de tracer puis gérer les flux de déchets. La généralisation du BIM devrait également permettre d’intégrer la question de la gestion des déchets dès la conception des bâtiments. « Nous réfléchissons à la question, afin de prévoir, dès la conception des ouvrages leur recyclabilité, pour que dans 30, 40 ou 50 ans on facilite le traitement de leurs déchets”, explique Erwan Le Meur, président de Federec BTP, dans Batiactu. Directement liés à l’offre logicielle, les objets connectés laissent également entrevoir de belles pistes d’innovation. Propeller développe ainsi une technologie associant plateforme logicielle et drones afin de faciliter et d’accélérer l’inventaire des déchets.

Dans les secteurs plus traditionnels des matériaux et des machines, l’innovation n’est pas en reste. Le projet national et collaboratif RECYBETON a ainsi mis en avant la possibilité d’utiliser du béton recyclé dans la fabrication du… béton. Le tout en respectant les exigences de tenue mécanique, de durabilité et de durée de vie. Côté machine, les broyeurs, granulateurs et autres cribleurs se perfectionnent et se multiplient sur les chantiers. Le RSS 120-M du Groupe Ammann réunit ainsi l’ensemble de ces fonctions en une seule machine qui intègre également un overband capable de séparer le fer du reste des matériaux… Eurovia, en collaboration avec VINCI Autoroutes, a également innové en ce sens en réalisant la première “route 100% recyclée” au monde. Longue d’un kilomètre, cette section de l’autoroute A10 entre Pons et Saint-Aubin (département de la Gironde) est le résultat de deux années de recherche & développement en partenariat avec la société Marini-Ermont, spécialisée dans le recyclage des enrobés bitumineux. Cette réalisation permet la réduction jusqu’à 50% de l’empreinte carbone des travaux en supprimant l’exploitation des ressources naturelles et en diminuant les besoins logistiques.

Ces innovations sont particulièrement employées dans les marchés émergents, gros consommateurs de matériaux de construction. En Chine, de plus en plus d’entreprises mettent à profit ces technologies pour traiter des volumes de déchets endémiques. “Alors que le prix des matériaux bruts augmente, nos produits recyclés deviennent compétitifs. Nous transformons vraiment le trash en cash”, explique Yang Yingjian, directeur général de Jiangsu LVHE Environmental Technology Company.