Les petits réacteurs modulaires courtisés par les financeurs

Solution énergétique décarbonée prometteuse pour les villes comme pour l’industrie, les mini-réacteurs nucléaires bouleversent ce secteur traditionnellement régalien. Les acteurs privés sont désormais aux avant-postes de l’innovation, tant du côté des entreprises que des investisseurs.

Les petits réacteurs modulaires (smallmodular reactor ou SMR en anglais, l’acronyme le plus souvent utilisé) peuvent s’installer sur une surface réduite (10 à 15 ha contre 100 à 300 ha pour une centrale nucléaire de 900 MW).

Ils bénéficient d’innovations en matière de sécurité passive, ce qui rassure et permet d’envisager des implantations proches de centres urbains; les SMR produisent entre 50 et 300 MWe, mais peuvent fonctionner en réseau modulaire en fonction du besoin.
  
Ils sont préfabriqués en usine, ce qui réduit le temps (de 3 à 5 ans contre 10 à 15 ans) et le coût d’installation sur site; ils produisent bien sûr de l’électricité, mais aussi de la chaleur utilisable pour l’industrie ou les réseaux de chauffage urbain. Enfin, l’énergie que les SMR produisent est décarbonée. Autant de qualités qui suscitent un intérêt mondial pour cette technologie, des gouvernements comme des entreprises privées. 

Du côté des entreprises privées 

Les géants du net montrent un intérêt croissant pour les SMR en raison de leurs besoins énergétiques massifs. Google a ainsi signé un accord avec Kairos Power pour utiliser l’énergie de SMR dans ses opérations, notamment pour alimenter des centres de données et des projets liés à l’IA.

Amazon investit pour garantir une alimentation énergétique décarbonée et stable à ses activités logistiques et numériques. Microsoft s’intéresse activement aux SMR dans le cadre de sa stratégie énergétique pour soutenir ses ambitions en intelligence artificielle et réduire son empreinte carbone.

En 2023, l’entreprise a signé un accord pour acquérir de l’énergie nucléaire via Constellation Energy qui veut relancer une unité du site nucléaire de Three Mile Island, fermée depuis 2019. Ce projet pourrait produire 835 MW d’énergie d’ici 2028. 

Du côté des gouvernements 

Aux États-Unis, le Département de l’Énergie (DOE) a annoncé un programme de 900 millions de dollars pour accélérer la mise en service des technologies SMR de génération III+. Le Royaume-Uni voit les SMR comme une solution clé pour atteindre la neutralité carbone. Le programme France 2030 apporte quant à lui des subventions aux projets SMR innovants, dont Nuward (voir ci-contre), et aux SMR utilisant des technologies avancées comme les réacteurs à sels fondus.

Parmi les autres pays, le Canada, qui y voit une opportunité pour le développement de ses régions isolées et ses activités industrielles, la Russie (qui a des SMR sur des plateformes flottantes), la Chine, la Corée du Sud, le Japon…

300 millions d’euros

La France a alloué 300 millions d’euros à Nuward, un projet de SMR mené par EDF, dans le cadre de recherches  et développements jusqu’en 2027. Ce soutien couvre des études sur la modularité, la production en série et les démonstrations de sûreté nécessaires pour l’approbation de cette nouvelle technologie.

NuScale

Le projet de petit réacteur nucléaire de l’entreprise américaine NuScale devrait être fonctionnel en 2030, avec une centrale de 12 modules pour une puissance cumulée de 720 MW. Le Département de l’Énergie a accordé environ 1,4 milliard de dollars à NuScale pour développer ce projet, le plus avancé aux États-Unis.

Cet article est issu de notre Yearbook 2025 : « Façonner les solutions ».  

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Crédit image : Dkosig Getty Image Signature

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