Objectif Zéro Carbone dans la construction : comment passer du concept à l’action ?

En 2015, l’accord de Paris fixait pour cible aux États signataires une hausse maximale des températures globales à 1,5 degrés d’ici 2030. Le dernier rapport du GIEC, présenté en octobre dernier, est sans ambiguïté : cette cible sera dépassée si rien n’est fait rapidement pour limiter l’empreinte carbone des activités humaines, avec des effets dévastateurs pour l’environnement.

Conférence Zéro Carbone

Le groupe d’experts incite à l’action pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, en commençant par les secteurs les plus émissifs, comme celui du bâtiment résidentiel et tertiaire qui produit 20% des émissions nationales. S’il n’est pas le plus émissif (le secteur du transport reste le plus polluant avec 28% des émissions), il n’en reste pas moins l’un des principaux terrains d’action en faveur de la transition énergétique. Poursuivant les objectifs des accords internationaux, la France publie un Plan Climat ambitieux, fixant pour objectif au pays de réduire d’un Facteur 4 les émissions de gaz à effet de serre en 2050 (par rapport au niveau de 1990).

Comment cette Stratégie Nationale Bas Carbone se traduit-elle dans le secteur de la construction?  Avec quels moyens, quels outils peut-on organiser cette transformation ?

Le 4 décembre dernier, Leonard organisait un premier tour d’horizon du sujet avec 4 spécialistes du secteur pour mieux appréhender les enjeux du Zéro Carbone, et les moyens mis en place pour y parvenir.

Dans la boite noire du Zéro Carbone

Pour comprendre les objectifs à l’oeuvre dans la construction, il faut d’abord s’arrêter sur la définition du concept même : que retient-on quand on parle de “Zéro Carbone” ? Quels indicateurs utilise-t-on pour le calculer, selon quel ordre d’importance ? Et quelle étape de la vie du bâtiment impactera le plus dans le diagnostic final ?

Pour Mathieu Tamaillon, directeur général de Sinteo, le calcul du bilan carbone du bâtiment mobilise trois catégories d’émissions :

  • les énergies consommées par le bâtiment, et émettant du carbone directement sur le site (chaudière…);
  • les émissions de carbone hors site, en particulier celles des centrales électriques alimentant le bâtiment;
  • les émissions de carbone liées à la fabrication des matériaux nécessaires à la construction du bâtiment.

Les émissions de carbone se calculent en mètres carrés ; un bâtiment de bureau construit dans les années 60 émet 3 tonnes de carbone par mètre carré et par an, juste pour l’énergie. Les bâtiments neufs construits selon le norme RT (Règlementation Thermique) 2012 n’émettent plus que 1,5 tonne de carbone par mètre carré, soit une division par deux des émissions. Une diminution prometteuse, mais insuffisante au regard des nouveaux objectifs de la future RE (réglementation environnementale) 2020  (moins d’une tonne de CO2 par mètre carré).

Les leviers sont nombreux pour atteindre cet objectif, qu’il s’agisse du choix des matériaux, du traitement de la pointe de demande d’électricité ou du recours à l’économie circulaire. “La majorité d’entre nous n’a pas compris que l’ère de l’abondance était terminé, et qu’il va désormais falloir considérer le déchet comme un élément à valoriser de façon complète. C’est une planche de salut pour réduire notre empreinte sur les milieux naturels.” Et le potentiel est réel : le secteur du bâtiment produit 40 millions de tonnes en France par an, dont une majorité de déchet de gros oeuvre qui pourrait être transformé et réinvestit dans d’autres projets. “C’est l’accumulation des petits gains qui rend le bilan performant.”

Conf Zéro carbone Bruno Peuportier

Bruno Peuportier, directeur de recherche à Mines ParisTech et titulaire de la Chaire VINCI-Paris-Tech d’éco-conception, nuance la part des matériaux dans le bilan carbone du bâtiment, dont le cycle de vie doit être appréhendé dans son ensemble. Il faut de plus, selon lui, être attentifs aux impacts négatifs éventuels de matériaux de substitution au béton : gare à ne pas remplacer une pollution par une autre !

Dessiner un avenir bas carbone, des méthodes aux projets

Une fois la définition posée, comment mesurer concrètement le bilan énergétique et carbone du bâtiment ?

Les outils de calcul sont indispensables pour mesurer les efforts à réaliser pour répondre aux nouveaux impératifs réglementaires. Créé en 2017, le label E+C– (aussi appelé Label énergie carbone), qui préfigure la future réglementation environnementale pour les bâtiments neufs (RE 2020), veut favoriser la construction de bâtiments à énergie positive en imposant l’évaluation de l’empreinte carbone de chaque construction neuve. Mais cette prise en compte de l’indicateur Carbone n’est pas la seule nouveauté induite par le label. Lucie Rémir, ingénieure en Performance Durable chez VINCI Construction France, rappelle aussi que ce label prend en compte, pour la première fois, l’ensemble des usages du bâtiment, y compris périphériques (ascenseurs, éclairage, parking…). L’autre grande nouveauté repose sur le calcul des émissions de gaz à effet de serre du bâtiment selon l’analyse de son cycle de vie, prenant ainsi en considération l’ensemble des émissions dans l’évaluation, de la conception à l’exploitation et à la déconstruction.

Conférence Zéro Carbone Lucie Rémir

Une variété d’outils et de bases de données se complètent pour permettre l’évaluation de la performance énergétique et environnementale des bâtiments. Si en amont, les données manquent pour décider du vecteur énergétique à retenir, l’outil Vizcab permet de saisir la volumétrie du bâtiment pour jouer entre différents paramètres, et obtenir des estimations de CO2. Pour compléter le panorama d’outils disponibles, VINCI Construction France a aussi développé un outil interne qui facilite l’intégration de données issues de bases multiples pour l’obtention d’une estimation des émissions du bâtiment. En phase d’appel d’offre, ce résultat permet d’affiner les propositions du constructeur pour atteindre les performances carbone demandées.

Une fois les objectifs atteints dans les calculateurs, comment concrétiser les ambitions du bas carbone sur le terrain ? Les constructions pouvant prétendre au label E+C– sont encore peu nombreuses, mais certains projets s’inscrivent dans cette volonté de réduction de l’empreinte carbone. C’est le cas de Rêve de Scènes Urbaines, démonstrateur industriel de la ville durable établi sur le territoire de Plaine Commune, présenté par Raphaëlle Vert. La sobriété en coût, en énergie, en carbone et en matériaux est le maître mot de Plaine Commune. Ces caractéristiques déterminent la nature des projets retenus parmi les propositions du collectif de 70 industriels adhérents du démonstrateur, qu’animent VINCI, Veolia et Artelia. Cycle Up en fait parti : portée par la Caisse des Dépôts, cette plateforme numérique de mise en relation destinée à favoriser le réemploi des matériaux sera physiquement implantée sur le territoire. Cycle Up servira à massifier les flux de collecte, de tri et de revalorisation des déchets, pour trouver plus rapidement de nouveaux débouchés à de nouveaux matériaux, tout en mutualisant l’investissement initial.

Conférence Zéro Carbone Raphaelle Vert

Cet événement était le premier d’une série de trois rencontres consacrées aux défis de l’Objectif Zéro Carbone dans la construction. La prochaine table ronde, qui aura lieu le 16 janvier à Leonard:Paris, se penchera sur la part des matériaux de construction dans le bilan carbone du bâtiment. Les matériaux conventionnels sont-ils compatibles avec les nouveaux impératifs ? Quelles alternatives voit-on se dessiner ? Rendez-vous le 16 janvier à 19h !