Slush 2025 : une édition marquée par l’IA, mais pas seulement

Avec plus de 13 000 participants, dont un impressionnant vivier de 6 000 entrepreneurs, 3 500 investisseurs et une communauté croissante de prospectivistes, Slush s’est une fois encore imposé comme l’un des salons mondiaux dédiés à l’innovation technologique les plus dynamiques à l’heure actuelle. Pendant quelques jours, malgré le froid de novembre, Helsinki revêt son rôle de capitale mondiale de l’innovation, devenant l’épicentre des échanges entre créateurs de technologies, financeurs visionnaires et observateurs des futurs possibles.

Si l’attrait de Slush ne faiblit pas d’année en année, c’est parce qu’il offre en un temps record un panorama unique des avancées les plus prometteuses : intelligence artificielle, robotique, matériaux bas-carbone, transition énergétique… autant de domaines où se dessinent déjà les transformations majeures de demain.

Et si l’IA a naturellement occupé le devant de la scène, l’édition 2025 a surtout démontré la richesse et la diversité des innovations en cours, des ruptures technologiques qui bousculent tout autant la construction que l’industrie et les infrastructures.

1. Portée par l’IA, la robotique s’invite dans tous les secteurs, y compris la construction

À Slush cette année, comme quelques semaines plus tôt au Gitex de Dubai, une évolution notable était bien visible dans les allées du salon : après des décennies de développement, l’intelligence artificielle physique (ou “Physical AI”) commence à sortir des laboratoires pour s’attaquer à des secteurs traditionnellement peu digitalisés comme la construction et l’agriculture. 

La startup espagnole Voltrac illustre parfaitement cette convergence entre la maturité des algorithmes d’IA et la robotique avancée : ses tracteurs autonomes combinent des années de perfectionnement algorithmique avec du matériel robuste. La startup, qui vient de lever 7 millions d’euros, propose en effet des solutions de conduite autonome adaptées aux contraintes de tous les terrains, permettant aux exploitants d’optimiser leurs opérations tout en réduisant leurs besoins de main-d’œuvre.

Dans le secteur de l’énergie, la startup lituanienne Tiltsun développe des robots capables de poser automatiquement des panneaux photovoltaïques dans des environnements optimisés : déserts, terrains plats et autre foncier sous-exploité. Cette automatisation permet d’accélérer considérablement les déploiements de fermes solaires tout en réduisant les coûts d’installation.

Mais au-delà de Slush, c’est sans doute Field AI qui symbolise le mieux cette évolution : cette startup américaine a levé 400 millions de dollars en août dernier, notamment auprès des fondateurs de Nvidia, de Bill Gates et de Jeff Bezos. Son but : développer le logiciel d’orchestration des robots de Boston Dynamics, pour que ceux-ci puissent être déployés dans le BTP, l’industrie, l’agriculture ou la logistique. 

Ce rapprochement entre les géants de la tech et les acteurs historiques de la robotique confirme que la “Physical AI” est désormais une priorité stratégique majeure.

2. Les nouveaux matériaux bas-carbone passent à l’échelle

Après des années de R&D, les matériaux biosourcés et bas-carbone commencent eux aussi à quitter le stade expérimental pour entrer dans une phase de commercialisation. Cette montée en puissance s’accompagne de partenariats avec des acteurs majeurs, signe que l’industrie se prépare à adopter ces alternatives.

Par exemple, Elementic, basée en Finlande, propose des briques en biochar, un charbon végétal qui séquestre le carbone. Utilisées par exemple pour les sous-couches routières, ces briques offrent une alternative bas-carbone aux matériaux traditionnels. Dans le même esprit, la start-up estonienne Fibenol valorise la lignine, un co-produit de l’industrie du bois, pour remplacer le bitume d’origine pétrolière dans les enrobés routiers.

Sa compatriote Myceen s’inspire quant à elle du vivant pour créer des panneaux isolants haute performance à base de mycélium (la racine des champignons), afin d’apporter une solution biosourcée pour l’efficacité énergétique des bâtiments. Ces matériaux offrent en effet d’excellentes performances thermiques tout en étant entièrement compostables en fin de vie, répondant ainsi aux enjeux de l’économie circulaire.

Enfin, Paebble démontre que ces nouveaux matériaux peuvent séduire les plus grands. Cette startup installée aux Pays-Bas et en Scandinavie a développé une technologie de minéralisation accélérée du CO2.
Le résultat ? Un matériau haute performance qui séquestre le carbone de manière permanente dans le béton et peut servir de matériau cimentaire supplémentaire en remplacement du ciment. Il est déjà utilisé dans la construction de datacenters, de digues préfabriquées et de revêtements pour le sol.

Avec une usine pilote opérationnelle à Rotterdam depuis novembre 2023 et une levée de fonds de 25 millions de dollars menée par Capnamic l’an dernier , à laquelle ont participé notamment le Climate Pledge Fund d’Amazon et le géant du ciment Holcim, Paebbl prépare le lancement d’une usine commerciale d’ici à 2027. 

3. La chaleur et le froid : un nouveau front pour la décarbonation

La transition bas-carbone s’attaque également à l’un des postes les plus énergivores et pourtant les moins visibles de notre économie : la production de chaleur et de froid, essentielle aussi bien aux procédés industriels qu’au confort des bâtiments.

Longtemps délaissé, ce secteur qui représente une part massive des émissions mondiales de CO2 est désormais l’objet d’innovations de rupture visant à améliorer drastiquement son efficacité énergétique.

Par exemple, la startup finlandaise Elstor a mis au point des batteries thermiques capables de stocker la chaleur industrielle renouvelable à très haute température, afin de permettre aux usines de se passer des énergies fossiles pour leurs procédés.

Pour sa part, Reduciner, également basée en Finlande, se concentre sur l’optimisation des procédés industriels existants. Grâce à une analyse fine des flux thermiques, leur technologie permet d’identifier et de corriger les inefficacités pour une décarbonation rapide et à moindre coût.

Enfin, toujours en Finlande, Hygron propose une solution ingénieuse pour le secteur du bâtiment : une membrane qui déshumidifie l’air entrant dans les systèmes de climatisation. En traitant l’humidité séparément, cette technologie permet de réduire jusqu’à 30% la consommation d’énergie des systèmes existants, un exemple parfait de « retrofit » à fort impact.

Alors que ces solutions gagnent en maturité, le véritable défi consiste désormais à les déployer massivement. Car c’est bien leur passage à l’échelle, et celui de l’ensemble des technologies bas carbone, qui déterminera notre capacité à transformer en profondeur les systèmes de chaleur et de froid, et plus largement, à réussir la transition énergétique.

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