Télétravail : le bureau est mort, vive le bureau ? 

En se banalisant pendant la crise sanitaire, le télétravail questionne comme jamais auparavant les modes d'appartenance des salariés à leurs entreprises. Pour s’adapter,  ces dernières sont conduites à repenser leurs outils managériaux et le lieu de travail. Quels espaces ménagera le futur aux télétravailleurs ? La question a été posée lors du 3e festival Building Beyond de Leonard dédié au futur des métiers des villes et des territoires, le 29 septembre à Paris. 

Il ne concernait que 4% des salariés en France avant le confinement né de la crise du Covid-19. Le télétravail a, depuis, transformé la vie professionnelle de nombreux actifs. « Il touche désormais plus de dix millions de personnes, soit 15 à 20 % des salariés », rappelle Guillaume Savard, CEO et fondateur de Upside Partners, société de conseil spécialisée dans l’immobilier d’entreprise. « 400 accords d’entreprise sont en cours de  négociation . » Au constat chiffré s’ajoute une nouvelle donne sociologique dressée par Clément Alteresco, fondateur et dirigeant de la société Morning, conceptrice d’espaces de travail. « L’éclatement social produit par la crise sanitaire affecte une population de plus en plus large. Elle fait porter sur le salarié la responsabilité de choisir où il va travailler. Ce qu’il ne sait pas forcément. »

L’espace comme curseur du changement 

L’atomisation de l’activité nourrit les ambivalences. Le calme et le confort a priori garantis à domicile dissuadent parfois de retourner « au bureau », où domine l’ébullition parfois anxiogène du collectif. « Au sein d’une société du CAC 40 avec laquelle nous travaillons et comptant 400 employés, un quart n’a pas voulu revenir au siège », note Guillaume Savard. Le manque d’altérité n’en est pas moins ressenti. « Qu’est-ce qui met en mouvement depuis le confinement ? C’est l’Autre. On fait société au travail », souligne Emmanuelle Duez à l’appui des études menées par son cabinet The Boson Project. La fraternité (ou l’engagement commun), la pédagogie et la résilience dessinent, selon l’experte, les tendances lourdes de l’entreprise de l’ère inaugurée par l’épidémie de coronavirus. C’est là que prennent source les lames de fond qui font de l’espace de travail un curseur du changement.

L’immobilier tertiaire, tout en open spaces, « alimentait l’uniformisation de l’espace de travail ». Le lieu de travail doit se réincarner, pour refléter vraiment l’identité de l’entreprise et son patrimoine immatériel. Architectes et designers devront se faire sociologues, psychologues et philosophes. Cette hybridation des fonctions répond à deux enjeux connexes. D’une part et à court terme, « à la fracturation du lien social généré par le télétravail à outrance », poursuit Emmanuelle Duez. D’autre part et à plus longue échéance, à la réhabilitation du « bureau comme lieu de justice sociale » et de « l’espace comme levier managérial ». L’espace peut raconter une histoire et le siège social, totem de l’entreprise, se rendre lui-même attractif auprès de ceux qu’il emploie. A fortiori quand ces derniers s’en absentent deux fois par semaine. « Le bureau deviendra un lieu de destination choisi, selon les besoins », observe Guillaume Savard.

Crédits : Alexis Toureau

Co-working de proximité

Le bureau est (presque) mort, vive le bureau ? Clément Alteresco avertit des effets pervers de la distance. « Le désarroi managérial est profond. Au management traditionnel à la présence se substitue déjà le contrôle par la technologie. » L’éloignement déferait-il la confiance ? « Le télétravail permet d’avoir du temps et de travailler de manière plus approfondie, si tant est que les pratiques aient du sens et que les procédures et objectifs soient compris », nuance Guillaume Savard.

Crédits : Alexis Toureau

Tout le monde n’est pas pour autant égal devant le télétravail, comme en a témoigné à tous égards la période du confinement. Et de même, dans un contexte d’archipélisation des lieux de travail, tout le monde n’a pas égal accès à des espaces de co-working. « Il existe 500 espaces de ce type en Ile-de-France mais il leur manque un vrai maillage territorial. Le modèle économique du co-working fonctionne en zone dense. Il doit être amélioré pour fonctionner aussi en zones moins denses », prévient le fondateur de Morning. L’époque annonce-t-elle des lieux de travail de proximité ? « Le co-working marchera, en effet, près du domicile des salariés. », estime Guillaume Savard. Une opportunité se dessine pour de petites villes mais elle sera, selon lui, longue à se concrétiser devant « l’effet cluster des grandes villes ». L’inflation continue des actifs immobiliers dans ces mêmes grandes villes incitera-t-elle les différents acteurs à hâter le mouvement ?

Crédits : Alexis Toureau

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