Building Beyond – Jour 3 – Construire à partir de nos vulnérabilités

Aléas climatiques, burn out, cyberattaques... De la planète à l'individu en passant par les infrastructures urbaines, la décennie qui s'ouvre doit composer avec des vulnérabilités nouvelles et d’autres déjà présentes qui s’intensifient. Il faut pour cela les anticiper, transformer si nécessaire structures et procédés, inventer des remédiations nouvelles afin de construire des sociétés plus résilientes...

Du monde VUCA au monde BANI. Dans un monde en transformation, la prospectiviste Cécile Wendling ajuste ses outils d’analyse. Le monde était volatile, incertain, complexe et ambigu (VUCA, pour l’acronyme anglophone). A l’entrée de cette décennie, il devient fragile (un nouveau variant viral, une cyberattaque), anxieux (la santé mentale est un sujet majeur), non linéaire (l’informatique quantique arrive dans le monde industriel) et incompréhensible (même quand des dirigeants expliquent et argumentent, le « pourquoi » n’est plus compris). La prospective, science des ruptures, et la créativité, nourrie par les imaginaires, sont les outils pour appréhender les risques inhérents à ces traits essentiels du futur proche.

 >(re)voir la conférence de Cécile Wendling, Directrice de la stratégie de sécurité et de l’anticipation des menaces, AXA, “Un nouveau récit pour l’incertitude

Le cumul des vulnérabilités est un défi pour un nombre croissant de territoires. Marseille en offre un exemple saisissant : son trait de côte recule chaque année, les incendies embrasent régulièrement la garrigue alentour, un habitat péri-urbain étendu s’est développé, parfois sur  des parcelles au sous-sol argileux soumises au phénomène de retrait-gonflement qui endommage les bâtiments, pendant qu’inégalités sociales et risques industriels pèsent sur de nombreux quartiers. Pour y faire face, élus, aménageurs et constructeurs doivent éviter les « 7 péchés territoriaux » – allant de l’ignorance au cloisonnement, en passant par le techno-solutionnisme – identifiés par le Shift Project dans ses travaux dédiés à la résilience territoriale. Ces péchés, agences et constructeurs s’efforcent de les dépasser, notamment en contextualisant les grands projets, appuyés sur la géographie réelle, en articulant la composante fonctionnelle des projets aux réalités des lieux de vie.

> (re)voir la table ronde « Dans la fabrique de la résilience territoriale », avec Mathilde Chaboche, Adjointe au Maire de Marseille en charge de l’urbanisme et du développement harmonieux de la ville, conseillère auprès de la métropole PACA et du territoire Marseille Provence ; Vincent Cottet, Urbaniste paysagiste associé, Richez_Associés ; Corentin Riet, Chargé de projet Stratégie de résilience des territoires, The Shift Project.

La sécurité est un enjeu majeur pour les entreprises, qui doivent notamment faire face à de nouveaux risques tels que la multiplication des vagues de chaleur ou des cyberattaques. Les technologies innovantes qui font progresser la sécurité des équipes au travail se classent en 4 grandes familles : celles qui alertent et préviennent, celles qui réduisent l’exposition, celles qui permettent de mieux s’approprier la culture et les pratiques de sécurité, et celles, enfin, directement tournées vers l’individu, qui permettent de maîtriser efforts, postures et mouvements. Toutes s’appuient sur le numérique. Dans le secteur de la construction, celui-ci joue d’ailleurs, le plus souvent, en faveur d’un éloignement de l’opérateur des risques métiers. Il implique cependant des enjeux de transformation des compétences, porteurs, eux, de nouveaux risques relatifs au maintien et au développement des savoirs et savoir-faire.

> (re)voir la table ronde « Risques émergents : la sécurité au travail se réinvente », avec René Amalberti, Directeur de la Fondation pour une culture de sécurité industrielle (FONCSI); Pierre-Yves Bigot, Directeur de projet, VINCI ; Laure Girodet, Directrice Santé Sécurité, SUEZ

Les inégalités sociales sont une autre forme de vulnérabilité majeure pour les villes et les territoires. Les jeunes, marqués par une plus forte précarité professionnelle que le reste de la population, sont particulièrement concernés. De nombreuses associations s’appuient sur une collaboration étroite avec le monde de l’entreprise  pour rapprocher ces derniers de l’emploi. Un tour d’horizon inspirant, sous le regard du Haut-commissaire à l’emploi et à l’engagement des entreprises, Thibaut Guilluy.

> (re)voir la table ronde « Tous mobilisés pour l’insertion professionnelle des jeunes », avec Louis Bandiera, Filleul, Nos Quartiers ont du Talent ; Patrick Choux, DG de Groupe ID’EES ; Pierre Coppey, directeur général adjoint de VINCI, Thierry Covelo, Directeur développement RH, inclusion et diversité, VINCI ; Dominique Hiesse, Président de la Fédération Nationale des Ecoles de Production ; Juliette Gatignon, Directrice nationale Unis-Cité; Thibaut Guilluy, Haut-commissaire à l’emploi et à l’engagement des entreprises ; Francis Lévy, Secrétaire général de la Fédération française des Geiq ; Athina Marmorat, fondatrice et DG de Rêv’Elles ; Yves Travers, parrain de « Nos Quartiers ont du Talent » ; Olivier Vigneron, DG du Réseau étincelle.

– La transformation numérique peut faire des « smart city » des géants aux pieds d’argile, l’extension du recours aux technologies numériques accroissant le risque cyber. En pratique, la smart city n’est autre qu’un assemblage de technologies numériques offrant de nouvelles possibilités de gestion de la connectivité pour les citoyens, d’organisation de la mobilité, de vidéosurveillance, de télégestion et d’optimisation des réseaux d’énergie et d’eau. En clair, la ville intelligente peut – grâce au numérique – analyser, prédire et décider plus efficacement. Pour préserver ces trois axes de progrès, les entreprises du numérique autant que les autorités construisent les dispositifs de détection et de réponses aux risques de cyberattaques. L’armée française fait même appel pour cela à la science-fiction. Sa Red Team Défense explore les nouvelles menaces grâce au travail de dessinateurs et scénaristes habilités secret défense. Le but : imaginer les scénarios du pire, en s’assurant de leur crédibilité, afin de préparer l’armée à répondre aux nouvelles sources de chaos.

> (re)voir la table ronde « Trop smart ? La ville intelligente à l’épreuve de la cybersécurité », avec Pierrick Buret, Centre national d’assistance cyber au Commandement de la gendarmerie dans le cyberespace ; commandant Jean-Baptiste Colas, Innovation Défense Lab ; Yves Pellemans, CTO, Axians

À la source

– « Résilience des territoires », le mémento du Shift Project en 3 tomes, « Comprendre », « Agir », « Organiser »

– « La rue commune », guide porté par Franck Boutte Consultants, Leonard et Richez_Associés

– Les scénarios de la Red Team Défense

Chiffres clés

– Les usages de l’énergie en France reposent à 70% sur des énergies fossiles

– 1988 : date de création du GIEC

– 2500 : le nombre de « préventeurs » du réseau de prévention-sécurité de VINCI

– 2025 : le Japon pourrait adopter la retraite à 70 ans

– 1,6 millions de 15-29 ans sont sans emploi ni formation en 2020

– Il faut 312 jours en moyenne en France pour détecter et confiner une fuite de données

À méditer

Cécile Wendling

« Pour répondre à l’incertitude, il faut cultiver sa créativité. Pour cela, il faut réserver du temps à l’ennui, pour laisser l’esprit vagabonder, pour lire des romans, fréquenter des expositions – bref, il faut donner de la place à l’imagination. »

Corentin Riet

« Les territoires ne sont, le plus souvent, pas préparés à la transition environnementale ; ils doivent s’adapter et réduire leurs émissions de manière intense. La France est aujourd’hui dépendante à 70% des énergies fossiles. Pour la mobilité, cette dépendance grimpe à 90%. Tous les secteurs d’activité vont être transformés, et il est clair que la transition sera, d’abord, un facteur de déstabilisation ».

Mathilde Chaboche

« Les grandes métropoles doivent offrir ce qui fait qu’on consent à vivre dans une ville, et cela implique de réussir à détricoter cet imaginaire qui regarde encore le périurbain dépendant de la voiture comme un idéal vertueux écologiquement ».

Vincent Cottet

« Les autoroutes urbaines sont des oxymores – elles polluent, génèrent des accidents, elles nient les contextes traversés, imposent leur forme. Ces « voies grises », ce carbone qui a été dépensé, il ne faut cependant pas les abandonner, mais s’appuyer sur elles, les réinventer. »

Jean-Baptiste Colas

« Nous confions à des auteurs et dessinateurs de science-fiction le soin de penser et d’imaginer au-delà des interdits ; ils explorent les technologies d’augmentation de l’humain, l’usage des armes létales autonomes… dans le but de créer le chaos, pour qu’en retour, nous puissions anticiper les réponses à l’émergence du chaos ».

Regards neufs

…sur la ville dense : pour Corentin Riet, la recherche de compacité peut aussi contribuer à rendre un territoire plus vulnérable aux aléas climatiques et plus dépendant des réseaux d’assainissement et des flux d’approvisionnement. La sobriété et la résilience peuvent être des objectifs contradictoires.

…sur la sécurité : pour René Amalberti, le sujet de la sécurité reste largement structuré par l’idée de supprimer les incidents et accidents. Or dans un monde complexe, c’est impossible : on vit avec les événements. Conséquence: l’enjeu devient d’éviter les événements majeurs. Cela implique de nouveaux outils de détection et de remédiation, adaptés aux systèmes complexes.

…sur la santé mentale : la pandémie de la Covid-19 a mis en lumière le sujet de la santé mentale au travail, de la perte de sens, de la gestion des émotions ; pour Laure Girodet, prendre soin du ressenti et des émotions de ses équipes est un axe de progrès pour les managers.

… sur les « décrocheurs » : le terme évoque les jeunes sortis des cursus scolaires, sans emploi, en perte de confiance; c’est cependant davantage le système scolaire et les entreprises qui n’ont pas réussi à « accrocher » ces jeunes, fait valoir Olivier Vigneron. Et c’est ce qui sous-tend le développement de nombreuses initiatives visant à reconstruire confiance en soi et contacts concrets avec les entreprises, pour briser la spirale de l’échec.

Que faisons-nous ?

Pour relever le défi de la transformation des territoires et des modes de vie, le groupe VINCI a créé Leonard. Notre objectif ? Fédérer une communauté d'acteurs pour construire ensemble la ville de demain.