IBEW 2026 à Singapour : robots, IA et déploiement

La Semaine internationale de l'environnement bâti a réuni en septembre dernier à Singapour l'ensemble des acteurs du secteur de la construction, à l'occasion de la première édition Asie-Pacifique du concours « Construction Startup Competition ». Nous passons en revue trois tendances observées lors de cet événement.

Début septembre 2026, le salon IBEW (Semaine internationale de l’environnement bâti) a réuni à Singapour tout l’écosystème du bâtiment, ouvrant la première édition en Asie-Pacifique du « Construction Startup Competition », le plus grand concours au monde réservé aux start-ups du secteur de la construction (Leonard en est partenaire). En marge de la journée de présentation des projets, une table ronde a abordé la question qui était sur toutes les lèvres : pourquoi l’Asie-Pacifique, et pourquoi maintenant ?

Une partie de la réponse réside dans l’ampleur de ce marché. L’Asie-Pacifique compte plus de 2,2 milliards d’habitants en milieu urbain, soit plus de la moitié de la population citadine au monde, et 1,2 milliard de personnes supplémentaires devraient rejoindre ses villes d’ici 2050. Dans ce contexte, l’IBEW s’est fait le reflet d’un écosystème de construction de plus en plus axé sur la productivité des technologies. Zoom sur les trois points à retenir.

1. Singapour est désormais un terrain d’expérimentation pour l’innovation en construction

Singapour s’est dotée d’un programme de construction ambitieux, soumis à d’importantes contraintes. La BCA, l’autorité chargée du bâtiment et de la construction placée sous la tutelle du ministère local du Développement, prévoit une demande comprise entre 47 et 53 milliards de dollars singapouriens en 2026, portée par la construction d’un nouveau terminal pour l’aéroport de Changi, l’extension de l’hôtel Marina Bay Sands, des établissements de santé et le prolongement du réseau de métro. Or la main-d’œuvre disponible pour concrétiser ces projets reste limitée : la productivité est donc un enjeu central pour le secteur.

Les pouvoirs publics mettent en place des mesures pour accélérer les phases pilotes des technologies, et mieux les déployer sur le terrain. Lors de l’IBEW, la BCA a annoncé un programme de soutien au leasing de robots couvrant jusqu’à la moitié du coût des robots utilisés par les entreprises de construction. Elle a également lancé une nouvelle édition de son programme « Built Environment Accelerate to Market » (« Environnement bâti : accélérer la mise sur le marché ») qui accompagne l’innovation, du co-développement au déploiement commercial, en passant par les essais pilotes. Depuis 2025, le promoteur singapourien JTC impose d’utiliser la robotique dans le cahier des charges de ses appels d’offres.

Les entrepreneurs internationaux mettent les bouchées doubles à Singapour. Le groupe japonais Kajima a investi 100 millions de dollars singapouriens dans The GEAR, son siège en APAC. Premier pôle R&D du groupe à l’étranger, il comporte des laboratoires dédiés à la robotique de construction et aux technologies numériques.

L’industrialisation de la construction n’est pas en reste. L’une des visites de terrain organisées par l’IBEW a conduit les participants au HL-Sunway Prefab Hub, la plus grande installation intégrée de préfabrication de Singapour, où des systèmes automatisés de fabrication et de stockage produisent des éléments préfabriqués à grande échelle.

Résultat ? Un écosystème qui conjugue politiques publiques, grands entrepreneurs et projets d’envergure, pour réduire l’écart entre l’innovation et son déploiement.

2. L’IA gagne en précision et se rapproche de la production

Sans surprise, l’IA était omniprésente tout au long de l’événement. Mais, loin des plateformes généralistes, les applications les plus remarquables ciblent des problèmes opérationnels très précis, souvent proches du chantier et directement liés à la productivité.

La société Wenti Labs, basée à Singapour, développe des agents IA qui fonctionnent au sein des canaux déjà utilisés par les équipes de construction. Ils convertissent les messages, les photos et les notes vocales échangés quotidiennement sur WhatsApp et Telegram en rapports de chantier structurés, en comptes rendus d’assurance qualité et de contrôle qualité, ainsi qu’en documentation de sécurité, sans obliger les équipes à installer une nouvelle application. Soutenue par Zacua Ventures, cette solution a été adoptée par des entrepreneurs et des promoteurs immobiliers de toute la région APAC, notamment Woh Hup, Penta-Ocean et Obayashi.

Issue d’un projet de R&D mené en 2019 par l’Université nationale de Singapour et le Comité singapourien du logement et du développement, Ailytics applique la vision par ordinateur aux systèmes de caméras déjà en place sur un chantier, sans ajout de matériel spécialisé. Objectif : détecter les infractions en matière de sécurité, et suivre la productivité et l’avancement des travaux en temps réel. D’autres solutions rapprochent encore davantage l’intelligence numérique de la production physique. ConcreteAI, l’un des finalistes du concours réservé aux start-ups en construction, se sert de capteurs pour suivre en temps réel la résistance et la température du béton in situ. Ces données permettent aux équipes d’agir plus rapidement sur le durcissement et le décoffrage.

La société singapourienne Civils.ai, qui a remporté la médaille d’or du concours, intervient plus en amont pour cibler un flux de travail bien défini. Ses agents IA mesurent les quantités à partir de plans au format PDF. Ils vérifient l’ensemble des plans, des contrats et des rapports géotechniques pour signaler tout écart, réduisant de 90 % l’ampleur « manuelle » de la tâche.

3. En robotique, le prochain défi sera le déploiement

La robotique était le sujet phare du salon Slush 2025. À mesure que cette technologie gagne en maturité, les enjeux dépassent le simple cadre de la faisabilité technique. Intégration sur les chantiers réels, taux d’utilisation, nombre d’opérateurs nécessaires : ces questions deviennent aussi importantes que les capacités techniques des machines. Et si Singapour était bien représentée dans les catégories logicielles, les fournisseurs de robotique présents venaient surtout de Chine continentale, de Hong Kong et d’Europe.

L’adoption de ces technologies semble également se faire tâche par tâche, plutôt qu’en une seule fois, par le biais de machines polyvalentes. Avec son nouveau programme d’aide au leasing, la BCA cible deux opérations en particulier : le nivellement du béton et la pose de joints de carrelage. Fabrica AI a développé un robot automatisé de jointoiement en collaboration avec l’entrepreneur Woh Hup, dans le cadre du programme d’accélération de la BCA. Sa dernière génération, deux fois plus productive que celle du modèle précédent, a été déployée sur des chantiers tels que le centre commercial One Holland Village.

La société berlinoise ConBotics développe des robots légers et modulaires, pour peindre les murs et les plafonds. En 2025, Singapour est devenu son premier marché international, la société Teambuild Construction Group étant son investisseur stratégique. Pour une entreprise européenne de robotique, le volume des travaux de construction répétitifs et modulaires à Singapour offre une voie intéressante vers un déploiement à grande échelle.

La start-up suisse Gravis Robotics, qui a récemment levé 200 millions de dollars pour devenir la première « licorne » européenne en robotique de chantier, fournit des kits de mise à niveau qui transforment des pelles hydrauliques standard en engins autonomes. Peu après l’IBEW, JTC et Kajima ont lancé le premier projet pilote singapourien d’engins lourds autonomes au site d’essai Bulim, dans la zone industrielle Jurong Innovation District. Ce projet teste la technologie Gravis sur pelleteuse et le système A4CSEL de Kajima sur compacteur. JTC entend ainsi diviser par deux le nombre d’opérateurs qualifiés nécessaires, une seule personne pouvant superviser deux engins.

À eux trois, ces signaux laissent présager l’entrée dans une phase plus pragmatique pour le secteur de la construction. L’IA se spécialise, la robotique est mise au défi de répondre à des enjeux complexes d’intégration, de coût et d’échelle. Les ambitions et les contraintes de Singapour créent des conditions exceptionnellement favorables au déploiement de ces solutions, et ce qui s’y passe méritera d’être suivi de près en dehors de l’APAC.

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