Les infrastructures cyclables, chaînon manquant de la multimodalité ?

Écologique et léger, le vélo répond à bon nombre d’enjeux contemporains et connaît un succès grandissant. Pour accompagner ce développement, une adaptation rapide des infrastructures est nécessaire.

Le vélo sur la bonne pente

Porté par l’urgence écologique, par une réelle adéquation aux déplacements dans les villes denses, et par le développement de solutions électriques efficaces, l’usage du vélo est globalement en hausse. Plus de 120 millions de vélos sont produits dans le monde chaque année contre 20,7 millions en 1962. En France, l’usage urbain est en hausse de 39% en 2022 par rapport aux niveaux de pré-pandémie !

A l’échelle mondiale, la part modale du vélo est estimée autour de 5% mais avec de très fortes disparités en fonction des pays et des régions. 58% des habitants des Pays-Bas se déplacent en vélo au moins 2 fois par semaine contre 12% aux Etats-Unis. Pour encourager l’usage du vélo, certains Etats mènent des plans ambitieux : en France, un grand Plan Vélo vise une part modale de 12% contre environ 4% aujourd’hui. Une étude IPSOS menée à l’échelle internationale montre par ailleurs que le vélo est le mode de transport qui recueille l’opinion la plus favorable (de 93% d’opinions favorables en Pologne à 64% au Royaume-Uni, qui obtient le score le plus faible).

Dans ce contexte, le développement des infrastructures est un enjeu incontournable, afin d’améliorer l’efficacité du vélo mais également de garantir la sécurité des usagers, qui déclarent à 52% que le vélo près de chez eux est trop dangereux… Là encore, les écarts sont importants : le Global Bicycle Cities Index développé par Luko classe Utrecht au premier rang mondial des villes les plus sûres pour les cyclistes avec un score de 77,84/100, quand Lagos affiche un score de 11,81/100…

Le vélo, star du dernier kilomètre pour les voyageurs…

Au-delà de son attrait écologique, le vélo est particulièrement adapté à l’un des enjeux urbains majeurs aujourd’hui : le dernier kilomètre. Bien intégré au service de multimodalité, il offre une souplesse précieuse en complément des trajets en train ou en voiture. C’est pourquoi son intégration aux principaux hubs de mobilités est particulièrement importante. Au Pays-Bas (encore), l’intégration des parkings pour vélos aux gares ferroviaires fait office de modèle du genre. A Utrecht (toujours), le Stationsplein Bicycle Parking compte 12 500 places, intègre un espace de maintenance, déploie un guidage numérique vers les places libres, et autorise les cyclistes à se déplacer en vélo jusqu’à l’intérieur de l’édifice. Moins spectaculaires mais tout aussi utiles, les espaces multimodaux en entrée de ville se développent pour faciliter l’usage du vélo. Même dans les petites localités, comme Pornichet en France, ce type d’aménagement a pour objectif d’encourager les usagers à abandonner leur voiture pour désengorger les centres.

… et les marchandises

Si le sujet du dernier kilomètre est crucial pour les voyageurs, il l’est également pour les opérateurs de logistique. Et là encore, le vélo peut mettre en avant sa souplesse, sa faible empreinte au sol et ses qualités écologiques. En France, un plan national cyclologistique doit permettre le développement de ce mode de livraison vertueux. Il intègre des aides financières aux entreprises qui utilisent les vélos cargos, des primes à la conversion pour le remplacement des vieux véhicules thermiques, l’incitation au développement de produits d’assurance dédiées, de même que la mise à dispositions de locaux pour les hubs logistiques vélo, et le développement de solutions numériques dédiées pour l’optimisation des chargements et des itinéraires. Les véhicules eux-même s’adaptent rapidement aux exigences de la livraison. La startup française K-Ryole développe ainsi des remorques électriques capables de transporter 350kg de marchandise et adaptées à une traction par vélo grâce à des capteurs de mesure d’effort. Chez Renault Trucks, le E-Tech Master OptiModale combine trois types de transports électriques dans un camion de 3,5 tonnes qui embarque un vélo cargo et un drone de livraison !

La voirie se met au vélo

Une des clefs pour favoriser l’adoption du vélo réside dans l’adaptation de la chaussée, qui reste encore majoritairement pensée pour des mobilités automobiles. A ce titre, l’exemple parisien est particulièrement ambitieux. Le Plan Vélo de la capitale française a pour objectif de rendre la ville 100% cyclable d’ici 2026 grâce à un investissement de 250 millions d’euros. Il comprend bien sûr la mise en place de 180km de nouvelles pistes cyclables, mais également le développement de parkings sécurisés, le développement d’un Code de la rue ou la mise en place d’ateliers d’auto-réparation. Dans le même ordre d’idée, à New-York, l’ambition est de réattribuer 25% de l’espace de voirie automobile afin de rendre la ville plus cyclable. De manière générale, une véritable culture de la conception de chaussées adaptées au vélo est en train de se développer autour de standards, de guides et de grands principes.

L’innovation au diapason

Pour accompagner ce boom du vélo, les infrastructures s’adaptent dans un foisonnement d’innovations techniques ou d’usage.

Les pistes cyclables “éphémères”. Mises en avant par la crise du COVID, les fameuses Coronapistes (désormais pérennisées à Paris) incarnent un nouveau type d’infrastructures cyclables éphémères. Ces dernières se sont révélées particulièrement efficaces à travers toute l’Europe en facilitant les déplacements mais également en instaurant une méthode “test & learn” peu répandue pour des infrastructures de ce type.

Autoroutes à vélos et infrastructures sans voiture. Les pistes cyclables s’affranchissent aujourd’hui des voies automobiles pour devenir des axes à part entière. Les superhighways pour vélos aériennes de Melbourne ou Copenhague sont souvent citées en exemple. A Milan, le projet Cambio prévoit la construction de 4 autoroutes à vélos circulaires autour de la ville et de 16 pistes radiales qui doivent à terme positionner 80% des services publics, des écoles et des hôpitaux à moins d’un kilomètre d’une piste cyclable.

Canopées solaires. Dans une logique d’optimisation de l’espace, les pistes cyclables couvertes de panneaux solaires permettent de produire de l’électricité tout en protégeant les cyclistes. L’exemple le plus emblématique s’étend au milieu d’un tronçon d’autoroute de 32km à Sejong en Corée du Sud.

Une signalétique dédiée. La signalétique routière est principalement pensée pour les automobilistes. Elle s’adapte aujourd’hui aux besoins du vélo. La Cycling Embassy of Denmark présente un certain nombre de solutions comme les feux dédiés pour vélos qui passent au vert légèrement avant les autres pour faciliter et sécuriser l’insertion des cyclistes, les diodes au sol pour marquer la chaussée, les éclairages spécifiques dans les tunnels, ou la détection des cyclistes par les feux de signalisation grâce à des puces RFID.

Des parkings souterrains innovants. Avec le succès du vélo et la recrudescence des vols, se garer est devenu complexe. Populaires en Asie, les parkings souterrains automatisés permettent de déposer un vélo qui est ensuite “englouti” et stocké dans une tour souterraine en quelques secondes… Le processus inverse permet ensuite à l’utilisateur de récupérer son vélo.

Si le vélo semble aujourd’hui bien parti pour prendre une part de plus en plus importante dans le mix des mobilités, il est indispensable d’entretenir la dynamique en s’attaquant aux principaux facteurs susceptibles de freiner son développement : la sécurité, les vols et la praticité. Cet effort passe en grande partie par un développement des infrastructures de circulation et de parking, en cours sur une large partie du globe.

Crédits photo :

Couverture : Dario Gomes sur Unsplash

En-tête : Febiyan sur Unsplash

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