Les plate-formes, accélératrices de l’économie circulaire dans la construction ?

Alors que les logiques linéaires prévalent encore dans le domaine de la construction, certains acteurs de la ConTech, plate-formes en tête, bousculent les chaînes de valeur et accélèrent la transition vers des modèles plus circulaires.

Au niveau Européen, le domaine de la construction représente 40% des émissions de CO2 et environ un tiers des déchets. Aujourd’hui 40% d’entre eux sont réutilisés ou recyclés. Cette deuxième vie se limite cependant, le plus souvent, à quelques filières, comme le remblais. Face à l’enjeu écologique, les pouvoirs publics tentent de mobiliser le secteur. La directive européenne relative aux déchets de construction et de démolition de 2008 fixe ainsi à 70% le taux de recyclage à atteindre. Au-delà de l’évidence écologique et des incitations du régulateur, l’avènement d’une construction plus circulaire est un coup de pied dans la fourmilière qui devrait créer d’importantes opportunités économiques. Roland Berger estime le marché à plus de 600 milliards d’euros à l’échelle mondiale d’ici 2025.

Dans ce contexte, les nouveaux entrants de la ConTech sont sans doute les mieux placés pour renverser le statu quo. Le modèle des plate-formes, particulièrement adapté pour rassembler en un point unique des acteurs et des offres émergentes, jusqu’ici disparates et difficiles à rapprocher, s’affirme comme un accélérateur décisif. Mise en relation d’un paysage d’acteurs fragmenté, centralisation des données, accessibilité des outils d’IA, traçabilité des matériaux, marketplaces dédiées au réemploi, interopérabilité des outils : la plateformisation outille et facilite la transition.

Revoir la chaîne de valeur

Par définition, l’économie circulaire transforme l’ensemble de la chaîne de valeur du BTP. Conception des bâtiments, sourcing des matériaux, procédés constructifs, gestion du chantier, déconstruction et démolition : les opportunités existent tout au long du cycle de vie des édifices.

On constate que les acteurs de la ConTech s’emparent volontiers du sujet, porté par un nombre croissant de start-ups. Dès l’étape de conception, une jeune pousse comme StructurePal se connecte directement aux plateformes BIM pour optimiser la conception des structures béton. En mettant à profit les technologies d’IA, l’entreprise israélienne promet une réduction de l’ordre de 15% des volumes de ciment. Dans le même ordre d’idée, Spacemaker – récemment acquis par Autodesk – est une solution collaborative hébergée sur le cloud, utilisant l’IA pour analyser et concevoir des projets.

Sur les chantiers, les opportunités d’optimisation sont là aussi spectaculaires. Hiboo annonce la plateformisation de la gestion des flottes de véhicules. En centralisant les données d’usages, la solution de la startup française permet d’optimiser l’utilisation de chaque outil tout en alimentant le reste des SI (SAP, Salesforce, Azure…).  Côté matériaux, Hesus propose une plateforme de gestion et de valorisation des matériaux et déchets de chantier. En 2020, la start-up française avançait un taux de valorisation moyen de 84% sur ses chantiers. Toujours dans le domaine des déchets, les places de marché se multiplient et offrent des débouchés à ce que l’on considérait encore comme des rebuts il y a quelques années. Waste MarketPlace, Trinov ou Backacia s’appuient sur la scalabilité des plateformes pour accompagner une demande croissante en matériaux recyclés, tout en bénéficiant des externalités de réseau propres au modèle. Si elle ne vise pas les déchets valorisables, la plateforme de Rockease entend localiser au plus près les sources de granulat, en connectant entreprises de construction, sites de production et transporteurs. L’IA à laquelle donne accès la plateforme de SustainEcho permet, dans la même logique de réduction de l’impact environnemental, d’optimiser l’empreinte carbone d’un projet à partir de son métré. L’effort ne s’arrête pas une fois la construction terminée et des outils comme GridPoint ou Envio s’appuient sur l’IoT et les données pour optimiser le fonctionnement des édifices et améliorer leur durée de vie.

Au-delà des solutions proposées par un nombre croissant de startups, la logique de plateforme laisse imaginer le développement de grands projets collectifs, à même d’accélérer les dynamiques circulaires. Avec Urban Mine Platform, qui réunit 17 partenaires européens, l’UE s’est dotée d’un outil précieux de monitoring de ses “mines urbaines” concernant les déchets électroniques. Un dispositif qui pourrait facilement être étendu aux matériaux de construction…

Les défis de l’économie circulaire

Aujourd’hui, la généralisation des logiques circulaires dans le bâtiment doit encore lever un certain nombre de verrous. Le premier est culturel : l’industrie du bâtiment est ancrée dans les logiques linéaires et doit développer de nouveaux réflexes. Les méthodes actuelles de calcul des coûts s’appuient sur le quatuor terrain, matériaux, conception et construction. Dans ce contexte, la construction circulaire reste plus onéreuse. L’émergence de nouveaux modèles de valeur qui intègrent l’ensemble du cycle de vie permet de remettre certaines certitudes en perspective. Là encore, les plateformes numériques apportent des solutions. Un outil tel que Madaster – qui se définit comme une bibliothèque de matériaux – permet d’encourager et de faciliter une économie de la circularité en faisant l’inventaire des ressources présentes dans chaque bâtiment.

Le passage à l’échelle représente en effet un enjeu majeur. Aujourd’hui, les matériaux “vierges” sont largement disponibles pour des coûts optimisés. A l’inverse, les matériaux recyclés font encore figure d’exception. Avec la démocratisation des places de marché circulaires mentionnées plus haut et la raréfaction des matières premières – comme le sable – un équilibrage devrait avoir lieu dans les années à venir.

L’exploration de nouveaux business models laisse également imaginer de nouvelles manières de construire. Autour de solutions modulaires, Katerra remet en cause la traditionnelle fragmentation des acteurs du BTP, et se positionne comme une plateforme de services “bout en bout”. Cette maîtrise de l’ensemble du cycle de vie du bâtiment laisse imaginer une approche circulaire facilitée. Celle-ci peut s’appuyer, d’ores et déjà, sur des plateformes de recrutement d’expertises spécifiques et d’usage partagé des équipements. Des plateformes comme getable, Build2B (lire notre interview) ou EquipmentShare surfent déjà sur cette tendance.

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