Matériaux de construction : les solutions de réemploi et recyclage se multiplient

Devant l’urgence écologique et face à la pénurie de ressources, le monde des matériaux de construction poursuit sa quête de la circularité.

Deux tonnes. C’est le poids par an et par habitant des déchets de construction et de démolition à l’échelle de l’Union Européenne. Ces volumes spectaculaires représentent entre 25 et 30% de la totalité des déchets ! Dans un contexte de fortes pressions sur les ressources et d’urgence écologique, gravats, rebuts et autres emballages font aujourd’hui l’objet de toutes les attentions. L’Europe fixe à 70% le taux de recyclage à atteindre pour les déchets de construction et de démolition, depuis 2008 et la directive relative aux déchets.

S’il y a de quoi s’en féliciter, il reste du chemin à parcourir. L’Agence européenne pour l’environnement précise que la réutilisation des déchets concerne principalement les remblais et que la filière d’un recyclage “de qualité” est très peu développée. En outre, selon l’ADEME, seuls 20% des déchets plastiques sont recyclés en France, contre 26% en Europe, le chiffre tombe à 2% pour les fenêtres PVC… Bref, le fameux trio “réduire, réutiliser, recycler” a de beaux jours devant lui.

Une question de culture

La première transformation à réussir concerne sans doute les usages et les habitudes des acteurs de la construction. L’Agence européenne pour l’environnement distingue 5 freins principaux au développement des modèles circulaires. Le premier est économique : les matériaux vierges sont souvent moins chers que la seconde main. Le second est lié à la qualité : les matériaux vierges répondent à des standards et garantissent un certain niveau d’efficacité. Le troisième concerne la difficulté du recyclage des matériaux pollués ou dangereux. Viennent ensuite le manque d’expérience dans l’utilisation de matériaux recyclés puis les questions de temporalité longues du BTP, qui ne permettent pas toujours de constater les effets bénéfiques de la circularité.

De nouveaux acteurs pour structurer la filière

Face à ces cinq défis, de nouveaux acteurs tentent d’apporter des solutions, qu’il s’agisse d’utiliser les matériaux à d’autres fins que leur destination initiale (recyclage) ou de les réemployer directement. Afin de fluidifier la circulation et la réutilisation des déchets de construction, les places de marché spécialisées se développent. Les français Cycle Up ou Waste Marketplace (incubée par Leonard), l’allemand Restado, ou encore le norvegien Loopfront proposent tous des plateformes capables de mettre en relation l’offre et la demande. La startup R-place s’appuie sur un système d’enchères afin de proposer le même type de services. Chez Backacia, on intègre également les surplus d’équipements à l’équation, pour proposer des prix compétitifs et éviter le gaspillage. La Ressourcerie du BTP – accompagnée par Leonard dans le cadre du programme Intrapreneurs – se concentre pour sa part sur le réemploi des matériaux déposés lors des déconstructions.

Toujours du côté logiciel, les outils de gestion des processus circulaires dans le bâtiment se développent. Les grandes plateformes comme BIM 360 d’Autodesk intègrent désormais les contraintes de recyclage ou de désassemblage à leurs solutions. De nouveaux entrants comme One Click LCA permettent de faciliter les mesures d’impact et les analyses de cycles de vie. D’autres, comme BatiRIM – développé par SUEZ – s’appuient sur le BIM pour faciliter une déconstruction sélective et optimiser les processus de réemploi…

De nouvelles ressources inexploitées ?

Au-delà des usages et des méthodologies, l’innovation touche les matériaux eux-mêmes. Un nombre croissant de produits issus de matière recyclée font leur apparition sur le marché. La K-briq développée par Kenoteq est composée à 90% de matériaux de construction recyclés. Le programme national FastCarb travaille au développement d’une carbonatation accélérée des granulats de béton recyclé, qui permettrait de proposer des ciments de qualité tout en limitant les émissions de CO2. Les hybridations de matériaux fournissent également des résultats encourageants. Des chercheurs de l’Université de Tokyo ont ainsi mis au point un béton partiellement constitué de bois recyclé qui présente des capacités de torsion inédites ! De la même manière, l’Université de Swinburne s’est appuyée sur les cendres volantes (PFA) produites par la combustion du charbon pour mettre au point un béton souple. Les résidus de pneus formulent également de belles promesses pour la fabrication de routes. L’Université RMIT a ainsi mis au point un matériau composite constitué de béton recyclé et de pneus usagés capable de servir de revêtement pour la chaussée.

Le béton n’est pas le seul matériau à bénéficier du traitement circulaire ! Bosch s’est récemment associé à l’entreprise australienne 3RT pour industrialiser le “smartwood”. Grâce à une nano-colle, ce matériau permet de donner aux débris de bois l’aspect d’un véritable bois tropical. Plus étonnant, FabBRICK développe un matériau de construction à partir de matière textile. Trois tee-shirts recyclés permettent d’obtenir une brique de 400 grammes, utilisable uniquement en intérieur. Les chantiers d’autoroute eux-mêmes prennent le chemin de la route 100% recyclée: en 2018, Eurovia, filiale de VINCI, est parvenue à rénover un tronçon d’1 kilomètre sur l’autoroute A10, en France, en utilisant 100% de produits de rabotage des enrobés, grâce à  la TRX100%, une usine d’enrobés mobile continue innovante.

Qui sommes-nous ?

Pour relever le défi de la transformation des territoires et des modes de vie, le groupe VINCI a créé Leonard. Notre objectif ? Fédérer une communauté d'acteurs pour construire ensemble la ville de demain.