Pitche ta ville – Regards d’intrapreneurs sur la ville de demain

Né dans les années 1970 aux Etats-Unis, le concept d’intrapreneuriat permet à des salariés de développer des projets innovants de façon autonome à la manière d’une start-up, à l’intérieur même de leur organisation. Une démarche au succès croissant, particulièrement propice à l’émergence de solutions neuves face aux défis urbains d’aujourd’hui et de demain. Paroles et portraits des cinq intrapreneurs invité(e)s au festival Building Beyond de Leonard:Paris.

Regards d'intrapreneurs

Ils sont cinq, âgés de 26 à 45 ans. Un fonctionnaire et quatre salarié(e)s, tous invités par Leonard dans le cadre du festival Building Beyond pour évoquer leur passage à l’intrapreneuriat : Matthieu Heurtel, startuper d’Etat et ancien membre du Ministère de la Cohésion des Territoires, Damien Bahon, Sébastien Magat et Alice Blouët, intrapreneurs VINCI à Leonard:Paris, et Aurélien Schwartz, intrapreneur d’EDF Nouveaux Business. Leur point commun : chacun(e) a identifié un besoin en mal de solution et a proposé à son employeur de se lancer dans le développement d’un outil innovant pour y répondre. Mais plutôt que de travailler à leur projet dans une structure hiérarchique traditionnelle, ils ont été détachés afin de développer leur outil en toute autonomie, à la manière d’une start-up. Ce modèle de fonctionnement agile, qui libère l’imagination et la créativité des salariés-entrepreneurs, pourrait façonner une partie des solutions aux défis des villes de demain.

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Un nécessaire dépassement de fonction

« Quand vous vous lancez dans l’intrapreneuriat, vous devenez du jour au lendemain manager général, directeur des opérations, DRH et directeur de la communication, explique Alice Blouët, qui travaille sur Concreative, une  solution d’impression de béton en 3D destinée dans un premier temps aux futurs chantiers de Dubaï. Il faut être prêt à se multiplier et à dépasser la fonction de simple chef de projet car vous êtes souvent tout(e) seul(e). » Comme une vingtaine de collaborateurs du groupe VINCI, Alice Blouët porte son projet de façon autonome au sein, avec l’appui de Leonard, la plate-forme de prospective et d’innovation du Groupe..

Après la phase d’incubation, la solution qu’elle développe est appelée à connaître une période dite d’accélération avant de déboucher sur la création d’une nouvelle activité prometteuse au sein du groupe VINCI liée à l’impression 3D de béton. « Du diagnostic design à la livraison en passant par l’impression proprement dite et l’assemblage, Concreative peut être une solution d’avenir pour les chantiers de demain », conclut Alice Blouët.

Autre intrapreneur VINCI, Damien Bahon travaille sur Rehalib, une application en réalité augmentée qui pourrait bousculer l’approche des projets de rénovations d’habitat. « L’objectif de notre logiciel est de donner à l’ensemble des acteurs la possibilité de voir comment le logement peut évoluer et d’interagir grâce à la réalité augmentée, présente Damien Bahon. Aujourd’hui, les opérations de rénovation urbaine sont souvent tenues à l’écart des dernières innovations car elles ne sont pas réalisées à partir de maquettes 3D, jugées coûteuses et chronophages. Grâce à notre outil, les aménageurs, les architectes et les citoyens pourront visualiser et décider ensemble à quoi ressemblera leur futur quartier. »

Lâcher du lest pour gagner en créativité

C’est aussi dans ce cadre flexible et autonome qu’Aurélien Schwartz, chez EDF, et Matthieu Heurtel, au sein du Ministère de la Cohésion des territoires, ont bénéficie du temps et du soutien nécessaires pour développer des applications innovantes. Aurélien Schwartz a créé avec deux collègues Metroscope, un logiciel de diagnostic destiné à faciliter la maintenance industrielle, tandis que Matthieu Heurtel travaille avec des développeurs sur Locatio, un outil en ligne imaginé pour rétablir la confiance entre locataires et propriétaires. « Notre projet progresse car l’Etat a accepté de lâcher du lest et de nous laisser travailler à notre rythme comme intrapreneurs en entière responsabilité », assure Matthieu Heurtel.

L’objectif des intrapreneurs est bien sûr d’aboutir in fine à la création d’une véritable business unit ou d’une start-up dont ils épouseraient l’activité en même temps que le fonctionnement. Le Metroscope d’Aurélien Schwartz est aujourd’hui une filiale à 100 % d’EDF ; elle a doublé son nombre de collaborateurs depuis le début de l’année. Après avoir développé AVUS, une plateforme numérique de maintenance des réseaux souterrains pendant 6 mois au sein du programme de Leonard, Sébastien Magat s’apprête quant à lui à tester son outil sur le terrain dans l’est de l’Angleterre. La dernière ligne droite de sa vie d’intrapreneur. Avec succès ou pas, une belle montée en compétences et l’expérimentation d’un certain culot.