Pour décarboner le résidentiel, électrifier et flexibiliser

Pour un résidentiel en phase avec les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’optimisation énergétique ne suffira pas : décarboner les sources d’énergie utilisées, en recourant toujours plus à l’électricité, et disposer d’un réseau flexible et optimisable sont deux moyens complémentaires efficaces pour y parvenir.

Décarboner le résidentiel

Dans le bâtiment, la lutte contre les dérèglements climatiques passe nécessairement par une baisse de la consommation énergétique. En France, par exemple, près de la moitié de la consommation totale d’énergie vient de ce secteur. Mais, comme le rappelle l’économiste Alain Grandjean, l’optimisation des performances énergétiques ne suffit pas et doit se compléter par une décarbonation des sources d’énergie employées. Se concentrer sur le volet énergie tend à omettre des critères explicitement liés aux émissions carbonées. De quoi faire du bâtiment, malgré les efforts affichés, le « grand oublié de la décarbonation »

Décarboner le résidentiel, mode d’emploi

Comment, alors, y parvenir ? Une récente étude a cherché à déterminer la manière la plus optimale de tracer ce sillon dans le résidentiel, en prenant pour cas de figure Austin aux États-Unis. La capitale de l’état du Texas offre un cadre intéressant : sa forte croissance démographique appelle sa demande énergétique à croître de manière significative dans les prochaines années.

Selon les conclusions de l’étude, une décarbonation efficace repose avant tout sur deux piliers : le recours à l’électrique pour les équipements des bâtiments (éclairage, chauffage et eau chaude) et, en parallèle, la décarbonation de l’approvisionnement en électricité.

Un troisième répertoire d’action, l’efficacité thermique, vient en complément, davantage pour réduire le coût effectif de cet effort (d’environ 37% en moyenne) que pour directement réduire la dépendance au carbone des bâtiments. Travailler sur l’optimisation énergétique permettrait ainsi de réduire les émissions carbonées de 90% d’ici à 2050 avec un surcoût de seulement 7% par rapport à un scénario sans mesures liées au carbone !

Électrifier : « la » priorité

« À court terme, notre modèle recommande avant tout d’améliorer l’efficacité énergétique du chauffage au gaz des bâtiments […] », explique l’un des auteurs de l’étude, « mais au-delà d’une certaine rigueur dans ce domaine, il devient vraiment nécessaire d’électrifier : il n’y a vraiment plus de place, dans le bâtiment, pour la consommation directe d’énergies fossiles ».

Électrifier et décarboner l’électricité utilisée s’affirment donc comme les deux grandes priorités du bâtiment résidentiel. Les pouvoirs publics et les collectivités territoriales proposent de plus en plus de cadres permettant un tel mouvement. Ils y incluent l’électrification des réseaux de mobilité, qui n’est pas sans intérêt pour les acteurs du bâtiment, pour qui les déplacements des occupants représentent des émissions carbonées indirectes, et non-négligeables (environ 20% des émissions à prendre en compte).

Électrifier, c’est flexibiliser

Électrifier comporte deux avantages décisifs, conclut également l’étude. Le premier est de permettre la possibilité de bousculer le mix énergétique du bâti existant, sur lequel doit reposer l’essentiel de l’effort : en électrifiant et en incluant davantage d’électricité d’origine renouvelable, on décarbone à moindre frais.

Mais l’électricité assure également la possibilité de flexibiliser la demande en énergie. Connecter les équipements des usagers au réseau permet par exemple d’inciter ses derniers à ajuster leur consommation en fonction des pics de charge. Le potentiel est conséquent : aux Etats-Unis, on attend ainsi dans le résidentiel près de 90 gigawatts d’énergie flexible d’ici 2023, soit le triple du potentiel calculé pour 2017. Un potentiel qui repose avant tout sur les équipements domestiques « smart » et solaires, mais aussi sur les batteries de stockage domestique, jusqu’ici avant tout portées par les acteurs… de l’automobile. Avec l’électrique, les cartes sont ainsi amenées à être profondément rebattues entre acteurs du bâtiment, de l’énergie, de l’automobile et, bien sûr, du numérique.

Pour approfondir le sujet, Leonard organisera le 4 décembre prochain une table ronde sur l’objectif Zéro Carbone, et discutera des moyens d’y parvenir en compagnie d’experts et de professionnels de la construction.