Rénovation énergétique : les lignes bougent

Si, de l’avis général de la filière, un certain retard s’observe en France sur la rénovation énergétique des bâtiments, les lignes semblent bouger. Au-delà des textes règlementaires, la mutation s’opère autour de technologies d’optimisation de la consommation, d’outils de performance globaux et d’offres de plus en plus lisibles.

Building

Depuis 2015, c’est gravé dans la loi : la politique énergétique française a pour objectif de « disposer d’un parc immobilier dont l’ensemble des bâtiments sont rénovés en fonction des normes “bâtiment basse consommation” ou assimilées, à l’horizon 2050 ». Cet objectif ambitieux, qui invite à borner par le haut le nombre de kWh d’énergie primaire consommés par m2 et par an par les bâtiments, concerne le neuf mais aussi l’ancien. Il implique en conséquence un vaste effort de rénovation thermique des bâtiments, et notamment des logements, y compris ceux des ménages dont les revenus modestes ne permettent pas de se lancer dans de tels travaux.

Une priorité nationale, entre petits pas et « ruptures »

Élevée au rang de priorité nationale suite à la loi dite de Transition énergétique de 2015 et à la présentation d’un plan dédié début 2018, la rénovation énergétique est censée toucher de plus en plus de bâtiments chaque année (700 000 d’ici 2022) et se centrer sur les « passoires thermiques ». Cet objectif s’inscrit dans une démarche européenne, traduite dans une directive début 2018 (non encore transposée dans le droit français), qui impose des « stratégies de rénovation de long terme ».

Mais derrière ce contexte réglementaire volontariste, « un retard s’observe un peu partout, dans le logement mais aussi le parc tertiaire, dont le taux de renouvellement annuel ne suit pas un rythme compatible avec les objectifs fixés », note Pierre Blanchet, responsable innovation de la branche tertiaire (Building Solutions) de VINCI Energies, interrogé par Leonard.

Au-delà des péripéties juridiques liées au décret d’application, ce retard s’explique par le fait qu’une « véritable rupture dans la démarche de rénovation énergétique » doit encore être menée, comme le suggérait début septembre une note de l’Office scientifique d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (Opecst). En clair : sans outils et référentiels communs pour mesurer les consommations réelles des bâtiments et suivre l’évolution globale du parc, le défi ne pourra pas être relevé. Sont également attendus un diagnostic de performance énergétique (DPE) « opposable » (envisagé pour 2020) et la création d’une garantie de performance énergétique visant à « redonner confiance aux donneurs d’ordres ».

Une dynamique qui doit s’accélérer

Ironiquement, une récente étude pointait que les Français n’étaient pas en reste quand il s’agissait d’investir dans les travaux pour rénover leur maison… Mais que la plupart d’entre eux, peu accompagnés, agissaient avant tout pour leur confort. Si bien que 75% des travaux de rénovation en maisons individuelles lancés ces deux dernières années n’auraient pas permis à ces logements d’améliorer leur performance énergétique !

De « nouvelles dynamiques » restent donc à enclencher, y compris en engageant les acteurs de la promotion immobilière à « pousser » la rénovation dans les travaux à l’échelle des copropriétés et à mieux intégrer la performance énergétique des bâtiments dans leur valorisation sur les marchés immobiliers.

« Certains marchés, comme le tertiaire, qui est très diffus, sont difficiles à cibler, explique Pierre Blanchet, mais dans l’immobilier privé, en particulier, il y a une vraie dynamique, avec l’idée qu’il n’est pas forcément indispensable de démolir un bâtiment à 100% et qu’avec une rénovation lourde, on arrive à de bons résultats ». Les donneurs d’ordre, du surcroît, voient dans la brique énergétique de la rénovation un intérêt évident : commercialiser un bâtiment peu performant sur le plan énergétique est de plus en plus difficile. Ne resterait, en somme, qu’à accélérer le processus.

Innover pour l’« éco-confort »

Pour ce faire, les acteurs de la rénovation énergétique travaillent à une meilleure lisibilité de leurs offres, notamment autour du mot d’ordre « Faire » et de la notion d’« éco-confort ». « On ne peut se contenter d’envoyer un message sur l’impératif de rénovation et sur les économies d’énergie », constate Pierre Blanchet : il s’agit d’apporter une brique confort et bien-être, voire « smart building » ou bâtiment communicant.

Se joue aussi, ici, une bataille d’innovation et d’amélioration de la qualité dans des systèmes de gestion de l’énergie et des automatismes de plus en plus sophistiqués. Intégrer la vision exploitation du bâtiment (et donc les attentes en termes d’usages des futurs occupants) dès sa conception devient une priorité, rendue plus aisée par les synergies avec les acteurs du facility management.

Côté exploitation, la bataille technologique se joue notamment autour des plateformes de contrôle de consommation énergétique (Hub Energy chez VINCI), mais aussi du space planning (« gestion de l’espace ») intelligent, qui permet d’anticiper l’occupation réelle des bâtiments. Grâce à des technologies de géolocalisation des flux de personne ou de détection de taux de gaz carbonique dans l’air, on peut obtenir, dans un hôpital, une école ou des bureaux, une consommation énergétique de plus en plus automatisée et donc optimisée. Ces technologies permettront-elles l’accélération tant attendue de la révolution énergétique que connaît le bâtiment ?