Solaire : les grandes entreprises, un marché moteur

Le mouvement de l’autoconsommation d’énergie gagne les grands groupes : en installant par exemple des panneaux photovoltaïques sur leurs sites, ceux-ci sécurisent leur approvisionnement énergétique et s’affichent en leaders de la transition énergétique. Une aubaine pour le solaire… et la planète.

PPA

En Espagne, près de 90% des capacités solaires du pays ne sont pas issues de programmes subventionnés par l’État. Et cela n’est pas (seulement) dû à l’ensoleillement des plaines castillanes ou andalouses. Non, car comme l’explique le syndicat professionnel local du solaire, « le marché ne va pas attendre pour un nouveau programme de soutien. Avec le degré de compétitivité que nous avons, nous pouvons aller directement sur le marché via du pur commercial, ou nous pouvons rechercher des PPA ».

« PPA » : un boom attendu

PPA ? Derrière l’acronyme se dessine l’un des piliers de la production d’énergie solaire européenne des prochaines années. Les « PPA », pour Power Purchase Agreement, se définissent comme des contrats de longue durée (10 ou 20 ans, le plus souvent) par lesquels un consommateur achète directement son énergie auprès du producteur. Comme le notait en 2018 la Commission de Régulation de l’Énergie, les PPA font partie d’un plus vaste mouvement qui voit les consommateurs – particuliers ou professionnels – participer directement à la production d’énergie renouvelable. L’essor des « corporate PPA », c’est-à-dire ces contrats signés par des entreprises qui décident de recourir à de l’achat direct et/ou à produire elles-mêmes de l’énergie verte (PPA dits « locaux »), explique en partie pourquoi l’Espagne paraît confiante dans ses capacités de production à venir.

Ne représentant encore en 2013 qu’1 GWh d’énergie produites tous pays confondus, les corporate PPA représentaient déjà fin 2016 plus de 18 GW de capacités installées, dans le solaire ou l’éolien… Même si l’Europe, alors, ne représentait que 1% de ces capacités. « Le marché s’est lancé aux États-Unis, notamment sous l’impulsion des grands acteurs du numérique, qui ont été parmi les premiers à prendre l’engagement de s’alimenter à 100% en énergies renouvelables », observe ainsi Maxime Varin, Responsable de Projets au sein de VINCI Concessions, et porteur du projet SunMind, qui est accéléré par Leonard depuis le 1er octobre 2018.

L’autoconsommation à l’échelle des grands groupes

Le RE100 est l’initiative qui porte cet objectif. Lancée au milieu des années 2010 et rassemblant désormais 162 entreprises, d’Ikea à Walmart, de Microsoft au Crédit agricole, elle constitue un impressionnant vivier d’entreprises potentiellement intéressées par les corporate PPA. « Elles prennent conscience du rôle actif qu’elles doivent jouer. Et nous, nous les accompagnons dans cette démarche », note Maxime Varin. SunMind, qui ambitionne de « libérer le potentiel solaire des entreprises et collectivités », se propose de financer, construire et maintenir des centrales photovoltaïques sur des surfaces non-utilisées de clients corporate. L’intérêt pour ces derniers ? Au-delà de contribuer à la lutte contre le réchauffement climatique, cela leur permet d’acheter directement l’électricité produite par SunMind à un prix fixe sur le long terme, les protégeant ainsi de la volatilité des marchés.

Le coût de l’énergie solaire, de surcroît, chute, ce qui permet d’entrevoir dans plusieurs pays la fameuse « parité réseau » permettant au marché de se passer de subventions : la fin d’une époque. Pour SunMind, l’attaque de ce marché encore embryonnaire – qui s’annonce toutefois autant porteur que concurrentiel – se passe au Portugal.. Une première pour des corporate PPA dans ce pays, où, outre l’ensoleillement, l’environnement réglementaire semble propice à leur développement. Pour mener à bien ce premier projet, SunMind s’appuie sur son partenaire industriel Omexom, qui dispose d’une solide expérience dans la réalisation de centrales photovoltaïques. Les cadres réglementaires, dans la lignée des directives européennes, s’annoncent de plus en plus favorables à l’autoconsommation.

Comme l’affirme Maxime Varin, la tendance à se passer des fournisseurs traditionnels au bénéfice d’acteurs transversaux paraît inéluctable : “La chute du prix de l’énergie solaire et  des technologies de stockage, l’essor de l’électro-mobilité, mais également cette volonté collective de décarboner notre économie créent de nouveaux modèles d’affaire sur lesquels SunMind souhaite se positionner”.