Startup cities : qui gouverne en ville ?

Le numérique a profondément transformé l’expérience de la ville, et fait peu à peu émerger un « citadin augmenté ». Des acteurs innovants avec qui l’État et les collectivités, organisateurs de l’espace public, doivent désormais apprendre à composer.

Startup cities : qui gouverne en ville ? avec Emmanuel Grégoire, Léa Marzloff, Raphael Morel et Cédric Verpeaux

Commander un VTC, réserver un vélo en free floating, se faire livrer son dîner, louer son logement pour quelques jours, repérer l’itinéraire le plus rapide… Les plateformes digitales sont entrées dans le mode de vie de l’homo urbanus et elles ne sont pas prêtes d’en sortir. Des nouveaux usages qui transforment peu à peu le paysage urbain et qui conduisent les pouvoirs locaux à composer avec des partenaires inédits dans l’histoire des politiques publiques : les startups. Adjoint à la Mairie de Paris, chargé des questions relatives à la transformation des politiques publiques, Emmanuel Grégoire l’admet sans fard : «  les plateformes bousculent la gouvernance des villes et c’est aux pouvoirs publics de réguler leurs usages ».

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Un thème sur lequel l’élu parisien était invité à débattre lors du Festival Building Beyond de Leonard:Paris en compagnie de Raphaël Morel, directeur de développement chez Uber, Léa Marzloff, directrice adjointe du cabinet d’études en mobilité Chronos et Cédric Verpeaux, responsable du pôle « Ville numérique et durable » à la Caisse des Dépôts.

Plébiscitées par un nombre croissant d’utilisateurs, les applications permettent de satisfaire  les besoins essentiels du citadin : se déplacer, se nourrir, se loger. Des réponses pratiques et efficaces qu’il pourrait être contre-productif de contrarier pour les pouvoirs publics. « Airbnb cela semble génial alors pourquoi limiter son usage ? » s’interroge ainsi Emmanuel Grégoire, avant d’expliquer qu’il s’agit « d’empêcher que les hypercentres touristiques se vident de leurs habitants ». A la demande de la Ville de Paris, Airbnb a accepté de bloquer la durée de location d’un logement principal à 120 jours par an dans les quatre arrondissements centraux de la capitale pour imposer à ses utilisateurs une réglementation que de nombreux propriétaires tentent de contourner.

Paris a fait le choix de la négociation mais dans d’autres startups cities, la régulation des nouveaux usages créés par les plateformes a plutôt pris la forme de la contrainte. Après Londres, l’Etat d’Israël a par exemple interdit l’an dernier à Uber de proposer ses services sur l’ensemble de son territoire. Dans un autre genre, San Francisco vient de bannir les application de location de trottinettes électriques car celles-ci encombraient les trottoirs. « À Paris, nous avons le même souci avec les vélos en free floating, ajoute Emmanuel Grégoire. Il y a des effets pervers à réguler ».

L’utilisation des plateformes a heureusement aussi des effets nettement plus positifs pour la collectivité. Les multiples données récoltées peuvent ainsi faire l’objet de collaborations fructueuses entre les startups et les pouvoirs publics, à l’image du partenariat conclu l’an dernier entre la métropole lilloise et Waze.  Raphaël Morel, représentant d’Uber France et de ses 2,5 millions d’utilisateurs réguliers, évoque le programme de données partagées « Uber movement » et donne l’exemple du partage de data avec la Ville de Paris pour fluidifier les allées et venues des VTC devant la Gare du Nord. « Nous sommes prêts à mettre nos données au service des collectivités pour améliorer la mobilité car c’est notre intérêt commun » explique t-il.

Ces externalités positives se limitent toutefois aujourd’hui potentiellement en France à moins d’une dizaine de villes. Léa Marzloff, du cabinet Chronos, rappelle qu’il existe une profonde fracture entre les centres urbains hyperconnectés et le reste du territoire, pas ou peu couvert par des applications comme Uber ou Airbnb. Une partie des fonds mobilisés par la Caisse des Dépôts dans le cadre du plan national Action Cœur de Ville servira d’ailleurs à accompagner les démarches et les solutions innovantes dans les villes moyennes. « Il y a beaucoup de petites villes qui comptent sur les plateformes digitales pour revitaliser leurs quartiers centraux et elles sont prêtes à les accueillir les bras ouvert et sans restriction » conclut Cédric Verpeaux, de la Caisse des dépôts. Dans les villes moyennes qui ne sont pas (encore ?) des “startups cities”, la régulation attendra.

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