Trackés, distanciés ou oxygénés : nous et les espaces du déconfinement

Le printemps 2020 restera ancré dans les mémoires comme une période où l’on n’aura jamais autant parlé de représentations spatiales : de « chaînes de transmission » globalisées ; de kilomètres accessibles (ou non) ; de territoires (une plage, un département) dans lequel on ne sait plus si et comment se déplacer – ni de quelle manière –, mais aussi de géomatique (soit l’art de collecter, traiter et représenter des données géographiques), de zones de transit (un aéroport, une bouche de métro) au fonctionnement incertain.

Il symbolise aussi le jaillissement de questionnements plus intimes liés à ce qu’autorise désormais la géographie du quotidien : comment réagir lorsque je croise quelqu’un sur le trottoir ? Comment me déplacer dans un supermarché ? Quand et comment désormais aller au travail ?). Trois grandes réflexions peuplent ainsi nos nouveaux imaginaires spatiaux, qu’à peine deux mois auront réussi à forger : elles portent sur le tracing, la distanciation physique, et l’idée enfin, plus floue, que nous pourrions désormais devoir nous déplacer « autrement ». Revue de lien pour esquisser ces nouveaux imaginaires qui, depuis de nombreux mois maintenant, concentrent l’attention de la communauté Leonard.

1 – Le tracking, nouvelle norme irrésistible du monde du travail ?

Pour vivre heureux, vivons tracés ? Le contact tracing, continuation par le numérique des moyens habituels de l’épidémiologie, est devenu un débat de société, tant il revient pour certains à « accepter la surveillance sociale pour un bénéfice incertain ». En attendant un éventuel et inédit déploiement généralisé, force est de constater que les technologies de collecte et de traitement de données biométriques et de santé sont amenées à se développer, notamment dans les lieux de travail. Du bâtiment tertiaire au chantier (et y compris auprès de leurs employés télétravailleurs), les employeurs cherchent à démontrer qu’ils mettent en place des dispositifs pour surveiller la santé des salariés et garantir ainsi leur activité. Caméras thermiques, apps et web services en tout genre mais aussi bracelets microphones IA-dopés détectant et analysant la toux, font florès. Avec une acceptabilité inéluctable ?

Thermal cameras monitor construction worker health on NYC contractor’s jobsites (Construction Dive)

Infrared Cameras Could Be the New CCTV – Employers rush to thermal imaging to catch sick worker (One Zero)

Your Boss Is Watching You: Work-From-Home Boom Leads To More Surveillance (NPR)

This AI system listens to coughs to learn where the coronavirus is spreading (The Next Web)

Companies’ use of thermal cameras to monitor the health of workers and customers worries civil libertarians et Infrared cameras, personal towels: China factories go to extremes to fend off virus (The Washington Post)

2 – La « distanciation » ou l’impossibilité des hyper-lieux? 

Certains employeurs déploient aussi des efforts considérables pour assurer technologiquement la bonne organisation de la distanciation physique, en recourant à des wearables divers, des caméras thermiques et des apps de collecte de données spatiales.

Dock workers in Belgium are wearing monitoring bracelets that enforce social distancing (Business Insider)

Software companies develop tech safety nets to measure social distancing (Construction Dive)

Mais au-delà des lieux de travail, ce sont les « hyper-lieux », concentrés mondialisés, marqués par leur caractère ubiquitaire et connecté mais surtout par le fait qu’ils concentrent une folle densité d’interactions sociales, qui cherchent à réinventer leurs fonctions spatiales à l’heure de la distanciation. Comment un centre commercial, un aéroport, une gare ou même une rue ou galerie commerçante piétonne, peuvent-ils « faire avec » et déconcentrer leurs espaces, sans renier leur vocation première de gérer des flux importants de personnes ? La « vieille » question de la gestion des données de mobilité fait partie des enjeux essentiels. Mais à ces données s’ajoutent désormais, là aussi, les données biométriques. L’automatisation et le sans contact à tout-va paraissent inéluctables, mais avec quelle exécution réelle ? Focus particulier sur l’hyper-lieu des hyper-lieux : l’aéroport.

Can airports achieve a touchless future ? (Forbes)

Airlines in Middle East Adjust to COVID-19 Pandemic (Aviation Today)

Airport Automation to Speed Up for a Crisis Rebound With Less Human Contact (Skift)

Airports and biometrics providers work towards relaunch with contactless “new normal” (Biometric Update)

Désinfection à Hong Kong, distanciation payante chez Frontier (Air Journal)

The impact of COVID-19 on airport planning and design (Airport World)

Covid-19 : le pire des technologies pour faire respecter la distanciation sociale (Usbek&Rica)

Bonus « données de mobilité à l’ère pré-Covid-19 » :  Trois start-up françaises qui aident les villes à mettre de l’ordre dans la mobilité partagée (L’Usine Nouvelle)

3 – Des regards renouvelés : à la découverte de nouveaux paradigmes spatiaux

Repenser comment on habite le monde (et la ville). Repenser les manières, les objectifs, les raisons même de nos déplacements. Repenser enfin la manière même dont l’on se représente ce monde à habiter. Dans les méandres des mille et une chroniques du confinement, voici enfin quatre inspirations interstitielles qui se glissent là où, semble-t-il, nos yeux et nos pas pourraient nous guider demain. Un parcours entre soif de reconquête urbaine et d’attention (spatialement délimitée) à l’autre, éloge néo-baudelairien de l’inefficience à venir de nos déplacements et enfin nouvelles réflexivités liées aux prises de vue aériennes des drones.

S’inspirer de l’urbanisme tactique pour adapter les villes à la distanciation physique (The Conversation)

Le géographe Michel Lussault et sa proposition d’entrer dans une démarche de care spatial » (Socialter)

Voyager plus lentement : nouvelles géographies post-virales en Europe (Makery) et Mobilité Minimum Viable (La fabrique des mobilités)

Looking down (Real Life Magazine)

Qui sommes-nous ?

Pour relever le défi de la transformation des territoires et des modes de vie, le groupe VINCI a créé Leonard. Notre objectif ? Fédérer une communauté d'acteurs pour construire ensemble la ville de demain.