Ville résiliente, trois métiers qui n’existent pas encore

Dans un contexte critique de changement climatique et de pression sur les ressources, la résilience est devenue centrale pour tous les acteurs de la ville. Cependant, il reste une marge d’incertitude importante concernant les modalités d'émergence de ces centres urbains adaptables. Pour surmonter les nouveaux risques climatiques, accueillir les flux migratoires ou revisiter leur modèle énergétique, les villes vont devoir inventer de nouveaux métiers vont émerger au service de la résilience des territoires. Nous avons imaginé trois d’entre eux.

Développeur de jumeaux numériques 

En début d’année, Wired prédisait la généralisation du “mirrorworld” dans un numéro dédié. Le terme désigne l’émergence d’un calque numérique du monde, dans lequel des jumeaux numériques émulent les propriétés et les comportements des objets du réel. Ces modélisations portent la promesse d’une surveillance simplifiée, d’une utilisation optimisée des données, et d’une interconnexion généralisée des objets. Dans le secteur des infrastructures et de la construction, la tendance est incarnée par le BIM et ses maquettes partagées. Pour la ville résiliente, les applications potentielles sont innombrables. Bentley Systems propose déjà des outils capables d’évaluer la résistance sismique des bâtiments, d’optimiser l’évacuation des transports en commun ou des stades ou encore d’évaluer l’impact des inondations liées aux catastrophes. Incubé chez Leonard, Resallience propose des outils de diagnostic, de simulation de catastrophe ou de monitoring prédictif capables d’anticiper les principales menaces qui pèsent sur les infrastructures. Associé à Predict (filiale de Météo France), l’outil est en mesure de proposer des scénarios à court et long terme concernant l’impact des bouleversements climatiques.

Pour le monde de la construction, cette transformation s’inscrit dans la lignée du BIM et marque un virage radical concernant les métiers. Les compétences de modélisation, de développement et de traitement des données prennent désormais une place importante au côté des métiers traditionnels

Chef de projet smart monitoring

Comme l’explique la chercheuse Isabelle Thomas dans Le Monde, la résilience passe d’abord par la connaissance des risques. “La fabrique urbaine résilience exige une approche systémique de la ville, laquelle doit être considérée comme un système complexe avec sa personnalité, ses spécificités propres”. Vieillissement de la population, chômage, accessibilité aux infrastructures essentielles, activité économique, ressources en nourriture ou en eau, zones inondables, risques de tremblement de terre, d’attaque terroriste ou d’explosion chimique : les critères sont nombreux. Heureusement, les méthodes de surveillance progressent et laissent imaginer une “ville-capteur”, diagnostiquée en temps réel.

Pour cela, de nouveaux outils sont nécessaires. Le rôle du Chef de projet smart monitoring sera justement de les imaginer et de les développer. Un rapide coup d’oeil aux lauréats de l’appel à projet Résilience et acceptation : quels outils pour les infrastructures ?– proposé par la Fondation d’entreprise Ferec – donne un bon aperçu de l’avenir. Analyse de la vulnérabilité géotechnique des ouvrages, monitoring Intelligent des voies de chemin de fer, outils de mesure de la dégradation du permafrost et de ses conséquences : les enjeux sont aussi importants que variés !

Ingénieur d’étude résilience

Si l’idée de résilience est séduisante et accessible, son implémentation au sein de projets réels présente de nombreux défis. Le premier consiste sans doute à trouver son chemin dans la jungle de standards et de certifications, qui couvrent chacunes des enjeux spécifiques. La célèbre norme LEED (Leadership in Energy and Environmental Design), conçue pour proposer une construction plus durable, s’accompagne aujourd’hui de standards émergents, plus particulièrement dédiés aux questions de résilience. La norme RELi ou la certification Enterprise Green Communities, pour ne citer qu’elles, proposent des cahiers des charges singuliers…

Au milieu de cette complexité, le rôle de l’ingénieur d’étude résilience est d’identifier les besoins spécifiques à chaque projet afin d’orienter tout le processus de conception et de construction. Comme l’explique Karim Selouane, fondateur de Resallience, la question de la transversalité est incontournable. “L’innovation se concentre autour d’une approche intégratrice de solutions et de savoir-faire métiers du groupes Vinci mais également externes”. Sans repartir de zéro à chaque projet (comme c’est encore souvent le cas aujourd’hui), ce spécialiste est en mesure de mobiliser les ressources existantes pour répondre aux contraintes climatiques, techniques ou écologiques propres à chaque situation.

Dans la shortlist:

Planneur migratoire: Selon l’ONU, les changement climatiques pourraient déplacer un milliard de personnes d’ici 2050. Pour éviter le chaos, les villes vont devoir anticiper et planifier des flux rapides et inédits…

Passive designer : En 2017, Rennes était la première ville de France à inscrire la construction passive dans son plan local de l’habitat. La capitale bretonne anticipait ainsi une tendance de fond : face à la dépendance énergétique, au coût du chauffage ou aux problèmes de pollution, le passif séduit.

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