Voies réservées : au tour des voitures autonomes ?

L’idée de chaussées dédiées aux véhicules autonomes fait depuis longtemps son chemin, notamment car elles permettraient une pénétration plus rapide de la mobilité autonome, tout en accentuant ses effets bénéfiques sur les temps de trajet. Projets et expérimentations se multiplient mais, surtout, de premières infrastructures sortent déjà de terre.

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Les infrastructures routières sont-elles appelées à s’adapter face au développement des véhicules autonomes ? Ou ce développement est-il, logique inverse, tributaire de l’innovation en matière de route ? Tout comme le paradoxe de l’œuf et de la poule, le paradoxe de la route et de la voiture s’affirme comme un sérieux questionnement d’avenir. Il n’est du reste pas propre à la voiture autonome : les voies dédiées (ou au moins prioritaires) sont, de longue date, un outil afin de favoriser tel ou tel mode de mobilité, qu’il s’agisse de voies pour les véhicules électriques (récemment envisagées en France) ou pour covoiturage (les fameuses “High-occupancy lanes”, ou encore “carpool lanes” anglo-saxonnes et, ça et là, leurs émules françaises).

Les 100 premiers kilomètres de l’ère de la mobilité autonome ?

L’évolution, en matière d’infrastructures routières conçues pour l’ère de la mobilité autonome, oscille entre petits pas et grands sauts futuristes. Elle est en tous cas vouée à accélérer compte tenu des avantages de plus en plus reconnus de ce moyen de transport. Déjà, en 2017, et tandis qu’en France, une voiture autonome faisait la démonstration d’un passage au péage autoroutier, deux étudiants de l’Université Berkeley remportaient le challenge de design Infrastructure Vision 2050 avec le concept futuriste de « hyperlane ». Cette « plateforme autoroutière » parallèle, d’une largeur de quatre voies, serait réservée uniquement aux véhicules autonomes. Ce projet-concept, inspiré du réseau ad hoc créé au Japon pour le Shinkansen, nourrit le rêve de véhicules sans chauffeur pilotant à toute vitesse des usagers et des marchandises, et ce sans le moindre obstacle ni embouteillage. Ne manque, à écouter les deux penseurs du concept et d’autres défenseurs des voies réservées, que des financements

En Chine, il faut croire que ces financements existent. Les autorités ont ainsi contribué à financer un nouveau tronçon d’autoroute dans lesquelles deux des huit voies (une dans chaque sens) seront réservées aux véhicules autonomes. Ce tronçon, qui sortira de terre courant 2020, reliera Pékin à la ville nouvelle de Xiongan, au sein de ce qui est connu comme la mégalopole la plus urbanisée du Nord chinois. D’une longueur de 100 km, ce tronçon, où la vitesse sera limitée à 100 voire 120 km/h, inclut, selon son développeur, des fonctionnalités intelligentes, dont ses péages. L’infrastructure connectée, pensée pour « acquérir des données-véhicule et des informations liées à la route », doit améliorer le trafic et la sécurité, en même temps qu’elle permet un accès plus rapide à Xiongan.

En Chine, aux États-Unis, au Canada… en France ?

Xiongan s’apparente en fait à une néo-mégacité conçue by design autour des véhicules autonomes. Cela permet de les expérimenter, mais élimine aussi « le problème de l’adaptation des infrastructures existantes, en permettant de s’attaquer [de zéro] à la gestion d’un trafic mêlant piétons, véhicules sans chauffeur et véhicules opérés par des humains ».

Le projet, s’il semble être le plus avancé au monde et surtout le seul en voie de concrétisation, n’est en tout cas pas le seul dans les cartons. Au Canada, un candidat politique local a promis l’ouverture de voies dédiées à l’expérimentation puis la circulation « réelle » de véhicules autonomes entre Calgary et Edmonton. Aux États-Unis, les expérimentations se succèdent et sont variées. Un rare (voire unique) cas d’expérimentation applicable à tout type de conditions météorologiques pourrait se trouver dans le Wisconsin. Dans cet État au nord de Chicago, on envisageait en effet récemment la possibilité de construire des voies réservées aux véhicules autonomes. Surtout, il s’agirait aussi de réaménager les bandes d’arrêt d’urgence de quelques tronçons de la célèbre Interstate 94, autoroute des années 1950 longue de plus de 2 500 km, afin de les réserver à la circulation de poids lourds autonomes. Ceux-ci pourraient ainsi relier l’aéroport voisin à la méga-usine d’écrans plats que Foxconn construit dans la région de Milwaukee, ne cachant pas ses rêves de platooning.

En France, la route fait partie des expérimentations annonçant le déploiement des véhicules autonomes. C’est ce que suggère en tout cas le tout récent programme d’expérimentations lancé par le gouvernement suite à son appel à projet « Expérimentation du Véhicule Routier Autonome » (EVRA). On y retrouve notamment le cas d’usage de voies à chaussées dédiées au transport autonome : de 2019 à 2022, dans l’agglomération nantaise, 7 km d’une ancienne emprise ferroviaire désaffectée seront ainsi consacrés au test d’exploitation d’un service de transport collectif autonome. Une première qui en appelle d’autres ?