Construction : l’automatisation est au travail

Dans l'industrie lourde et le retail, l'automatisation des chaînes logistiques et de production font la « une ». Dans la construction, le recours aux robots pourrait faire naître de nouvelles collaborations et offrir de meilleures conditions de travail aux ouvriers des chantiers.

Automatisation des chantiers

Les derniers robots humanoïdes ne sont pas tous des as du bricolage (vidéo). Mais sur la question de l’automatisation du travail, si les rapports se suivent et ne se rassemblent pas forcément, ils partent du même constat des progrès de la robotique. Le dernier en date, celui du Forum économique mondial assortit sa prédiction (52% des tâches professionnelles seront réalisées par des robots en 2025, contre, déjà, 29% aujourd’hui) d’un certain optimisme : au total, cette révolution robotique produira un solde positif d’emplois. Reste à assurer un gigantesque effort sur la formation à de nouvelles compétences (dans les entrepôts hyper-automatisés d’Amazon, les reporters invités notent que les « humains font des tâches qui n’auraient pas existé avant que les robots existent »), l’organisation du travail, mais aussi la sécurité sur site.

Une « main-d’œuvre » complémentaire ?

Dans la construction, les transformations attendues sont toutefois un peu moins lourdes que dans l’automobile, la logistique, ou la fabrication de produits tech grand public, où l’automatisation n’est pas un avantage compétitif secondaire, mais s’affirme déjà comme « absolument nécessaire ». Les impacts en termes d’emploi ne sont pas neutres, mais les employeurs les envisagent moins amples que dans d’autres industries : 33% des entreprises du secteur interrogées par le Forum économique mondial (contre 50% toutes industries confondues) anticipent des pertes d’emplois liées à l’automation, mais dans le même temps, 28% prédisent également que la robotisation impliquera aussi des recrutements. En revanche, l’évolution générale des compétences en jeu devrait y être plus marquée qu’ailleurs, de nombreux travailleurs étant amenés à effectuer des tâches de plus en plus spécialisées. Ainsi, les ouvriers de montage et réparateurs mécaniciens sont parmi les métiers risquant le plus l’automatisation d’ici 2022, quand, en parallèle, développeurs logiciels et spécialistes des process d’automation et des interactions homme-machine sont les métiers les plus émergents.

Outre la conception et l’analyse de structures, dont la numérisation, voire l’automatisation, s’étend, les phases de construction elles-mêmes tendent à inclure des tâches automatisées. Les robots font ainsi déjà leur entrée sur les chantiers mais, spécificité du BTP, ils sont ici en mouvement dans des environnements peu propices à une autonomie à 100% qui nécessitent des opérateurs à leurs côtés. Ils sont présents depuis longtemps pour des tâches de démolition, mais aussi, désormais, comme cette “station totale robotisée”, pour des tâches d’agencement et de modélisation sur le chantier. Selon “Zero Labor”, créateur de systèmes robotisés de production à la chaîne de structures (murs, sols, et toits de manière isolée ou au sein des lignes de production existantes), deux raisons expliquent l’attrait, encore embryonnaire, des constructeurs pour les solutions automatisées. La recherche nécessaire de gains de productivité, mais aussi, particulièrement aux États-Unis, la quête de réponses à la « pénurie de compétences » très spécialisées, qui a atteint ces dernières années « un seuil critique ».

Sur les chantiers, les employeurs américains constatent en effet depuis de nombreuses années de sérieuses difficultés de recrutement sur certains postes, et voient donc dans les technologies robotiques une « main-d’œuvre » complémentaire. Ils imaginent notamment recourir de plus en plus à des petits véhicules automatisés pour des tâches d’excavation et de chargement de matériaux, à l’image, dans le domaine du désamiantage, des robots-chenilles de Neom (VINCI Construction France).

La collaboration robots-ouvriers, un nouveau « mode de vie »

L’arrivée de la robotique dans la construction s’avère être une affaire de nouvelles complémentarités gagnantes-gagnantes, plutôt qu’un jeu à somme nulle. Sa figure pourrait être celle du « maçon semi-automatisé » qui, s’il est à deux à trois fois plus productif qu’un ouvrier dans la pose de briques, doit fonctionner avec des travailleurs tout ce qu’il y a de plus humains afin de vérifier la qualité du travail et valider le produit fini.

L’automatisation est ici synonyme de réduction des tâches pénibles, fatigantes, risquées ou répétitives qui peuvent caractériser le travail sur les chantiers. Elle « amplifie », en ce sens, le métier des ouvriers, en les assistant : c’est ce que l’on nomme robotique collaborative, ou cobotique. L’objectif d’augmenter l’efficacité globale est ainsi à portée, avec des robots faits pour soulever des poids lourds rapidement, de manière répétée, et de jour comme de nuit, et des travailleurs plus concentrés sur des tâches que seuls les humains peuvent accomplir de manière satisfaisante.

Reste à créer des organisations de travail permettant cette efficacité : la robotisation, qui complexifie et diversifie les technologies utilisées sur un site de travail, peut conduire à des « bricolages organisationnels » d’urgence peu optimaux. « Les entreprises ont besoin de prendre leur temps, d’investir correctement et de véritablement s’approprier ces technologies comme un nouveau mode de vie, car elles vont changer notre industrie », avertit ainsi le dirigeant de la société Construction Robotics.