Les aéroports, décarbonisation in progress

De nombreuses plateformes aéroportuaires se sont engagées depuis plusieurs années à faire de leurs infrastructures des hubs de transport neutres en carbone. Des progrès placés bien souvent sous le sceau de l’innovation technologique.

Aéroport décarbonisation

En effet, le rôle des aéroports dans le péril environnemental est prépondérant et touche la continuité de leurs opérations : « les effets du changement climatique deviennent de plus en plus tangibles pour les aéroports eux-mêmes », comme le note Marina Bylinsky, la responsable Europe du schéma d’accréditation mis en place par l’Airports Council International. Dégradation des pistes, sur-consommation énergétique, suppression de vols… : les menaces, récemment compilées par le cabinet de conseil Carbone 4, sont sérieuses.

L’efficacité énergétique du transport aérien a beau avoir diminué continuellement ces quinze dernières années, la forte augmentation du trafic fait entrevoir des émissions carbonées totales toujours croissantes. En attendant des évolutions structurelles pour ce qui se passe en l’air, les choses évoluent sensiblement au sol, lequel concentre 5% des émissions du secteur, ce qui reste, en volume, conséquent.

44 aéroports neutres en carbone dans le monde

Depuis neuf ans, le schéma d’accréditation lancé par l’Airports Council International encourage les aéroports à se lancer dans des politiques de réduction de leurs émissions. Non sans résultats : 44 aéroports dans le monde, dont 35 en Europe, sont neutres en carbone (en générant peu d’émissions et en compensant les émissions restantes par des projets tiers), tandis qu’au total 43% du trafic aérien transite par des aéroports engagés sur cette voie. Le tout représente une réduction de près de 350 000 tonnes de CO2. Les aéroports y voient de fait un intérêt en termes d’efficacité opérationnelle et de réduction des coûts, mais anticipent aussi d’éventuelles futures règlementations. Joffrey Maï, Responsable Environnement de VINCI Airports, souligne le chemin parcouru depuis l’élaboration de leur politique environnementale AIRPact : « Notre politique impose à chaque nouvel aéroport de notre réseau d’intégrer la démarche Airport Carbon Accreditation, créée par l’organisme indépendant ACI Europe. A son plus haut niveau d’accréditation, cette démarche valide la neutralité carbone. 35 des aéroports de notre réseau sont déjà accrédités. Le niveau 3, juste avant la neutralité, vient d’être obtenu pour l’aéroport international du Kansai et l’aéroport d’Osaka. Nous avons obtenu le niveau 3+ à Lyon Saint-Exupéry, en résultat de nos actions engagées lors de l’acquisition d’Aéroports de Lyon. »

Les actions pour se lancer dans une politique de réduction des émissions sont très diverses et engagent des investissements, parfois lourds, mais pouvant être vite amortis par les gains en termes d’efficacité énergétique, notamment. Car dans un aéroport, les émissions proviennent de multiples types de sources : l’électricité, bien sûr, en particulier liée à l’éclairage, à la climatisation et au chauffage, mais aussi l’énergie liée aux activités directes et sur-site (véhicules, équipements et machines de support ; gestion de l’eau et des déchets, etc.) ou indirectes (circulation au sol et décollages/atterrissages des avions, mais aussi trajets du personnel et des passagers autour du site).

Auto-produire son énergie renouvelable

Les outils, en conséquence, sont tout aussi variés. Les technologies (et leur coût, de plus en plus accessibles) sont évidemment au cœur des enjeux et, en matière de gestion du carbone, elles évoluent massivement, comme le notait récemment la responsable Europe du schéma d’accréditation, Marina Bylinsky. Pour elle, « l’Internet des Objets, les panneaux solaires nouvelle génération, les véhicules électriques plus efficaces et les biocarburants de pointe sont chacun des pièces du puzzle de la réduction de CO2 », mais pas moins qu’un changement de culture dans les organisations.

En France, Nice-Côte d’Azur et Lyon-Saint-Exupéry sont les deux principaux aéroports accrédités comme des aéroports neutres en carbone. À Nice, les efforts se sont avant tout traduits par un recours à de l’électricité d’origine hydraulique (et française) à 100%, suite à un partenariat avec EDF, mais aussi au déploiement d’une navette aéroportuaire 100% électrique par biberonnage (recharge à chaque arrêt), et d’un système d’alimentation autonome en électricité. Le tout a engendré une réduction de plus de 75% de ses émissions en kg équivalent CO2 par passager. À « Saint-Ex », les efforts sont multiples (électrification des véhicules, achat de chaleur et d’électricité, décentralisation du chauffage mais aussi mise en œuvre du Collaborative Decision Making, optimisant et donc réduisant les parcours au sol des aéronefs), mais l’aéroport est surtout reconnu pour avoir bâti le premier terminal complet certifié HQE en France. La construction des infrastructures en elle-même, très gourmande en carbone, demeure un enjeu d’avenir.

Parmi les autres stratégies, l’équipement en systèmes de production d’énergie renouvelable peut être une priorité – son opportunité est par exemple systématiquement étudiée pour les nouveaux projets de VINCI – : petits parcs éoliens ou centrales photovoltaïques, y compris pour de l’auto-consommation sur place, voire stations hydrogène pour alimenter des bus à pile à combustible. La flotte de taxis Hype, lancée par Air Liquide et la Caisse des Dépôts lors de la COP21, dispose ainsi de stations à hydrogène privilégiées aux aéroports parisiens d’Orly et de Roissy.

Mais les efforts que l’industrie aérienne doit fournir restent nombreux, y compris afin d’affronter la révolution biocarburant : les aéroports y ont leur part, en intégrant les infrastructures d’entreposage, de mélange et de distribution de biocarburants à l’existant…