L’exosquelette, promesse d’un chantier plus sécurisé, plus productif et moins pénible

Les exosquelettes promettent d’augmenter la force de travail et de limiter les risques d’accident. Promesses de plus en plus concrètes d’un “travailleur augmenté”, quel avenir dessinent-ils pour le travail sur les chantiers ?
panasonic exosquelette

Exosquelettes de Panasonic – Source : humanoides.fr

L’exosquelette fait partie de ces promesses souvent déçues. L’idée simple d’augmenter la force et la mobilité humaine à l’aide d’une armature externe s’est heurtée à la réalité à de multiples reprises. Trop lourds, trop chers, trop peu efficaces, les exosquelettes ravissent plus souvent les amateurs de science-fiction et de technologies “vintage” que les techniciens sur le terrain. Merveilleux témoignage des difficultés rencontrées par le concept, le Hardiman de GE n’a jamais dépassé le stade du prototype. Tout de même capable de soulever près de 700 kg de matériel, l’armure semblait tout droit sortie d’Alien, de Fallout ou d’Ironman…

Cependant, malgré les échecs répétés, le monde de la robotique s’est accroché à l’idée, avec raison. Les derniers progrès en la matière sont significatifs. Des applications médicales de rééducation au monde de la construction, les exosquelettes formulent aujourd’hui des réponses de plus en plus pertinentes aux enjeux de sécurité, de pénibilité ou de productivité…

La construction en première ligne.

Lorsqu’on pense aux exosquelettes, les métiers de la construction et de la manutention offrent des applications évidentes. La première promesse de l’exosquelette est de réduire la pénibilité des travaux de force, mais aussi de limiter les blessures et les problèmes de santé. Il représente enfin clairement un véritable enjeu financier. Selon Dan Kara, VP Robotics and Intelligent Systems chez WTWH Media, les entreprises américaines dépensent chaque année 15 milliards de dollars à cause du surmenage de leurs employés. En outre, les exosquelettes laissent imaginer des gains de productivité importants. Avec Fortis, un bras robotisé vendu entre 7 000 et 23 000 $ selon le modèle, Lockheed Martin promet un travail jusqu’à 27 fois plus efficace…

D’autres, comme Homayoon Kazerooni, directeur du laboratoire Robotics and Human Engineering de Berkeley et fondateur de SuitX, voient dans les exosquelettes une manière de limiter la suppression des emplois, en “augmentant” l’humain plutôt qu’en le remplaçant complètement. “Il s’agit de combiner la capacité de décision, l’intelligence et l’adaptabilité des humains avec la force et la précision des robots”, explique le chercheur et entrepreneur pour Digital Trends. Dans ce contexte, pas étonnant que ABI Research estime le marché des exosquelettes à 1,9 milliards de dollars d’ici 2025, contre seulement 68 millions de dollars en 2014.

Moins extrêmes, plus efficaces.

Si certaines entreprises travaillent encore sur de gros exosquelettes – le Power Loader de Panasonic est un bon exemple – la plupart des produits proposés aujourd’hui visent à réduire l’encombrement et le prix. Lowe’s, concurrent américain de Leroy Merlin, a déjà équipé certains de ses employés d’un harnais développé avec l’Université Virginia Tech. Non-motorisés, ils collectent et transmettent mécaniquement l’énergie potentielle lors des mouvements pour soulager le travailleur. Dans le même ordre d’idées, BMW utilise la Chairless Chair de Noonee dans son usine de Spartanburg. Vendu autour de 5 000 $, cet exosquelette permet au travailleur de rester debout, tout en limitant largement la fatigue. Plus petit encore, le Robo-Glove développé par General Motors en partenariat avec la NASA se concentre sur la main et promet une poigne inédite !

Cette tendance à la spécialisation illustre une des limites actuelles des exosquelettes, qui ne sont efficaces que sur des tâches simples et bien précises. “Le risque dans l’industrie serait qu’en assistant, on génère de nouveaux gestes stéréotypés, et sur le long terme des troubles physiques : qu’on mette plus en danger le corps qu’on ne le sauve« , explique Nathanaël Jarrassé, chargé de recherche au CNRS à l’Institut des systèmes intelligents et de robotique. Humain augmenté et robot : il ne faut pas confondre !