Une brève histoire des cleantech

Depuis 2018, et après les premières euphories du milieu des années 2000, les cleantech semblent faire leur grand retour : niveaux d’investissements historique (en augmentation de 60% par rapport à 2017), entrée en bourse de Neoen, producteur indépendant d’énergie renouvelable, développement de startups spécialisées… Que s’est-il passé et comment justifier une telle embellie aujourd’hui ?

Did you say « cleantech »? 

La notion de cleantech est synonyme de celle de greentech et se traduit en français par « éco-activités innovantes » ou « éco-innovations ». Sa définition est assez large : le terme désigne de manière générale le secteur des hautes technologies (c’est-à-dire à haute valeur d’innovation) visant à produire une « valeur ajoutée environnementale ». Dans le livre The Clean Tech Revolution, qui a popularisé le terme et lui a donné son contenu théorique, le cabinet américain Clean Edge les définit suivant trois caractéristiques : 

  • l’utilisation des ressources naturelles, de l’énergie, de l’eau et des matières premières dans une perspective d’amélioration importante de l’efficacité et de la productivité ; 
  • la création systématique de moins de déchets ou de toxicité reliés ; 
  • la garantie d’assurer une performance identique ou supérieure dans le résultat souhaité par rapport aux technologies traditionnelles et une amélioration du profit des utilisateurs.

Le secteur des cleantech recouvre à la fois le domaine de l’énergie (énergies renouvelables, optimisation de l’utilisation d’énergie via les smartgrids, efficacité énergétique), celui des cycles de l’eau et de l’air, celui du traitement des déchets, celui des transports et celui, plus transversal, de l’amélioration de l’efficacité des processus industriels dans une optique de diminution de la consommation de ressources. 

Le terme peut donc désigner à la fois des innovations technologiques proprement dites, mais aussi, à la marge, des processus, par exemple d’éco-construction. Néanmoins le propre des cleantech est généralement de comporter une partie d’innovation technologie importante. Le terme a permis de conceptualiser l’idée de croissance verte.

Constitution puis explosion 

Au milieu des années 2000, le secteur des cleantech fait l’objet d’investissements massifs : en 2006, 75 milliards de dollars sont investis dans des projets et des entreprises « de technologies propres » au niveau mondial. La société d’énergie solaire Heliovolt, par exemple, lève 230 millions de dollars. Entre 2006 et 2007, les investissements ont crû de 60% et on estimait alors que le marché pourrait tripler ou quadrupler d’ici à 2012. Mais en 2008, la bulle des cleantech éclate brusquement avec un repli – qui a perduré jusqu’en 2016 – de l’investissement en capital-risque. 

Comment expliquer cette bulle ? La première raison est évidemment liée à la crise financière de 2008. Mais si le repli a été particulièrement violent par rapport à d’autres secteurs, c’est que les cleantech n’ont délivré que de faibles retours sur investissements, loin des espérances du marché. Elles comportaient des facteurs de risques beaucoup plus élevés, notamment dus à la longueur des cycles de développement : la mise au point et les processus de preuve industrielle de la pertinence technico-économique d’une telle innovation est très long.

Cela tient également à ce que Philippe Bihouix appelle « l’effet parc » dans L’Âge des low tech. L’amortissement du parc actuel de centrales électriques à charbon, par exemple, a une conséquence : il n’est pas immédiatement rentable de les remplacer par des énergies renouvelables. De plus, les besoins en fonds propres sont très importants, à la fois du fait des matériaux précieux qui sont utilisés, mais également au regard du volume de production à atteindre pour avoir des effets d’échelle. Enfin, les débuts de l’exploitation du pétrole de schiste américain au milieu des années 2000 a fait largement diminué les incitations économiques à la production d’énergies alternatives.

Le nouvel essor des cleantech

Avec des effets de plus en plus palpables, la prise de conscience de la crise écologique s’est accrue. À la suite de la COP21, des dispositifs publics importants ont été mis en place pour concilier technologie et environnement. Au niveau européen, la BEI (Banque Européenne d’Investissement) a ainsi pour mission d’investir 20 milliards d’euros par an jusqu’en 2020 dans le secteur. 

Afin de limiter le réchauffement climatique sous la barre des 2°C, les cleantech s’attardent beaucoup sur les techniques de capture et de séquestration du CO2, et des gaz à effet de serre en général. Ces « technologies à émissions négatives » (TEN) sont même indispensables selon le GIEC, et nombreux sont celles et ceux s’y consacrent : Climeworks développe des aspirateurs à CO2, Fermentalg mise sur les algues, tandis que l’artiste néerlandais Daan Roosegaarde utilise des techniques d’ionisation… Prochaine étape ? Généraliser et répandre ces technologies. 

Au niveau national, la France soutient le développement d’une économie décarbonée – notamment à travers le dernier programme pluriannuel de l’énergie et la stratégie bas-carbone – dans laquelle les cleantech ont toute leur place. En 2018, les secteurs de l’efficacité énergétique et du transport ont été particulièrement dynamiques. Dans le domaine énergétique par exemple, la startup Sweetch Energy exploite les différences de salinité entre deux eaux (dans les estuaires notamment), pour produire de l’électricité. Dans le domaine de l’éco-construction la startup deeptech Woodoo modifie la structure du bois pour le rendre plus résistant et propice à la construction. 

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