La construction durable est-elle un mirage ?

Pour ce cinquième volet du cycle Transition environnementale, intitulé “La construction durable est-elle un mirage ?”, Leonard réunissait le 3 mars 2020, Armelle LANGLOIS, directrice du pôle Construction Durable chez VINCI Construction, Bruno PEUPORTIER, directeur de recherche au sein du Lab Recherche Environnement VINCI – Paris Tech, Manal RACHDI, architecte fondateur chez OXO Architectes, Emilie HERGOTT, directrice chargée du développement de l’ingénierie et de l’innovation chez AREP et Benjamin TINCQ, fondateur du Good Tech Lab.

Alors que le secteur de la construction et du bâtiment est responsable d’une partie significative de la consommation d’énergie et des émissions de GES, la construction durable, définie par Emilie HERGOTT comme “celle qui dure, sera capable de durer et qu’on aura envie de faire durer parce qu’il y aura une architecture qui donnera envie d’investir ce lieu”, apparaît comme un horizon souhaitable pour la profession. Tout est dit et pourtant tout reste encore à mettre en œuvre.

Pleins feux sur l’impact carbone

L’entrée en vigueur de la future réglementation environnementale RE2020 vient concrétiser des mois de réflexion sur la mise en place de nouvelles exigences en matière de consommation énergétique et de poids carbone. L’introduction d’un nouvel indicateur, l’impact carbone calculé à partir des émissions du bâtiment et de celles des matériaux employés, promet ainsi de dynamiser les démarches favorables à l’émergence d’initiatives plus durables. Et ce, en phase d’exploitation comme en phase de construction, comme l’indique Armelle LANGLOIS qui relève que “si la construction représente 60% des émissions de GES, 40% sont liés à l’usage des bâtiments sur 50 ans.” 

Mais l’évaluation de l’impact carbone n’est pas si évidente et soulève de nombreuses questions : quelle méthodologie retenir ? Comment constituer une banque de données exploitables de l’empreinte carbone des matériaux ? Et sur cette base comment généraliser la conception bas carbone ? C’est précisément dans ce cadre que l’Analyse de Cycle de Vie (ACV) fait figure d’outil-phare. De l’extraction des matières premières, en passant par leur transport et leur transformation au sein des usines de production, sans oublier la logistique jusqu’au chantier, l’ACV prend en considération les émissions amont. Mais pas uniquement, puisque  la mise en œuvre des différents éléments qui constitue le projet de construction,  son exploitation et, finalement,  sa déconstruction sont elles aussi passées au peigne fin. L’objectif ? avoir “ la connaissance la plus précise possible sur l’origine des différents impacts en s’appuyant sur des études multicritères” pour mesurer la consommation énergétique et accompagner la réduction des émissions du bâtiment, selon Bruno PEUPORTIER.
 


 

Que peut l’innovation pour la construction durable ?

À l’aune de ces analyses, les modes constructifs évoluent. Une tendance d’ailleurs confortée par l’émergence, dans la construction, de technologies recherchant un impact positif sur l’environnement, qui viennent se ranger au nombre des « cleantech ».  “Les matériaux mis en œuvre dans le bâtiment constituent le poste le plus émissif. Les choix de conception sont donc importants ”, rappelle Armelle LANGLOIS. Raison pour laquelle le marché voit fleurir un nombre conséquent de matériaux à faible teneur en carbone, parce que réemployés ou recyclés, mais aussi favorisant le stockage du carbone ou encore conçus en tenant compte de ses conditions de production. C’est le cas notamment du béton bas, voire ultra-bas carbone.

Mais la profession peut également s’appuyer sur de nouveaux outils de conception durable, des équipements et processus plus économes en ressources et en énergie, propres à limiter l’impact environnemental en phase conception et construction. Le recours à ces derniers tend à se démocratiser. Emilie HERGOTT en témoigne : “En phase conception, nous recourrons à des outils numériques pour évaluer les performances relatives de plusieurs variantes, en termes d’impact carbone et de consommation d’énergie. Ces outils sont d’autant plus utiles à la conception qu’ils sont utilisés tôt dans le projet”.

Le panel des solutions proposées ne s’arrête d’ailleurs pas là, puisque les smart buildings et avec eux l’éventail des applications de l’IoT ou des plateformes de gestion de la performance permettent d’optimiser le potentiel d’efficacité énergétique et d’utilisation des ressources en phase d’exploitation. Une série de solutions nouvelles, dont le panorama a été décrit par Benjamin TINCQ et se trouve présenté dans la 5e livraison des revues de tendances de Leonard baptisées « Emerging Trend », à consulter sur le site de Leonard.

Réinvestir la construction d’hier

Mais quid des bâtiments existants, qu’il est essentiel de prendre en compte si l’on veut évoquer le sujet de la construction durable dans son entièreté.

Régulièrement sollicité dans le cadre de projets de rénovation, Manal RACHDI reconnaît que “les donneurs d’ordre ont de plus en plus conscience de l’empreinte carbone de la démolition”. Et dans ce contexte, “l’intervention sur un bâtiment existant se fait en plusieurs étapes, mais ce qui est le plus important, c’est d’abord de comprendre son ADN, ce qu’il faut garder. L’architecte à travers la démarche créative qu’il développe permet de s’inscrire dans les traces du projet en prenant pour point de départ l’archéologie sensible du contexte”. 

Même son de cloche du côté d’AREP, qui intervient principalement sur le patrimoine existant de sa maison mère et premier client, Gares & Connexions. L’agence d’architecture de la SNCF a développé une expertise d’adaptation au plus juste de projets déjà construits à de nouveaux usages. Pour relever ce défi, les designers d’AREP étudient les modes d’appropriation de l’espace et conçoivent sur cette base des outils pour orienter les comportements des occupants. Ces nudges ont vocation à rendre l’espace plus frugal en énergie sans modifier la structure du bâtiment. Enfin, des pratiques de réemploi d’équipements techniques, pour le moment essentiellement in situ, ont également été entreprises par AREP. Les gisements de la SNCF sont tels que les contours d’un marché nouveau se dessine déjà. Mais c’est une autre histoire.

Rendez-vous le 1 avril à Leonard:Paris pour le prochain événement de notre cycle Transition environnementale, « Vers une sobriété énergétique : de gré ou de force ? ».

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