Les entrepreneurs dopent la transformation numérique du BTP

Que cache le terme attrape-tout de « Construction tech » ? A-t-il une réalité ? À y regarder de plus prêt, on plonge rapidement dans les méandres d’une vague d’entrepreneurs qui renouvellent les logiques de valeur et l’image même d’un secteur pourtant souvent considéré comme en retard quant à sa « transformation digitale ». Un tsunami ? Pas encore… mais la structuration suit son cours !

Dans les années 2010, et alors même que les mutations liées aux technologies digitales transformaient radicalement de nombreux secteurs, et même des pans entiers d’activité, « l’industrie de la construction [infrastructures et développement urbain] a continué à opérer comme elle l’a fait ces cinquante dernières années ». Ce constat, fait par le Forum économique mondial en écho aux analyses unanimes des grands cabinets de conseil, date de 2016.

Fin d’une inertie

Et aujourd’hui ? Si certains renvoient encore à la nécessaire digitalisation des différents process du secteur afin d’en doper la productivité, d’autres, en particulier en France, ne voient plus le BTP comme le parent pauvre de la transformation numérique des industries – et ce depuis déjà quelques années. Une simple discussion avec un cadre de n’importe quelle entreprise du secteur suffirait à s’en convaincre : les discours sur l’innovation sont partout. Depuis la phase de conception jusqu’aux opérations, de nouvelles technologies et leurs services associés interfacent, intègrent, plateformisent, virtualisent ou robotisent, interconnectent, engendrant de nouvelles logiques de création de valeur ou les rationalisant.

Mais ce dynamisme de la numérisation n’est pas fait que de discours – encore que ceux-ci soient aussi nécessaires ! – : depuis la reprise du secteur, celui-ci a enclenché « un rythme soutenu d’innovation », comme le jugeait récemment une ambitieuse tentative de photographie de ce qu’il faut bien finir par dénommer « Construction tech ».  Les start-ups se multiplient et, signe d’un frémissement sur le marché, les fonds d’investissements classiques s’intéressent enfin au BTP. Un intérêt encore tout frais : d’après une récente étude, près de la moitié des jeunes pousses existant en France ont moins de trois ans ! Des start-ups qui, toujours d’après cette étude, lancent dans leur (très vaste) majorité des offres B2B et surtout travaillent, d’une manière ou d’une autre, avec les grands groupes et les historiques du secteur en quête d’agilité et de renouvellement : autant de signes d’une effervescence structurelle.

Innovations tous azimuts

La « révolution inéluctable » a-t-elle eu lieu ? Alors qu’en 2017, McKinsey publie un rapport vu comme l’acte fondateur de ce qu’on appellera la « contech », le bâtiment semble porté par un nouveau souffle entrepreneurial sur une grande variété de domaines. Si le gros œuvre et l’industrialisation des procédés de construction demeurent, de l’avis des analystes, parmi les chantiers les moins avancés, le secteur innove tous azimuts et en profite pour renouveler son image, diversifiant une palette jusque-là trop cantonnée à un imaginaire gris-béton ou jaune-pelleteuse.

Un coup d’œil à quelques start-ups prometteuses voire à succès suffit à en témoigner. Katerra, « la » pépite mondiale choyée par SoftBank, promet une intégration de tous les maillons de la chaîne de construction, du design – numérisé – à la construction – modulaire. En Californie toujours, l’autre grand pilier de la « contech » est logicielle, avec des acteurs comme Procore, qui plateformise la gestion de projets de construction avec un outil déjà ambitieux mais toujours plus « global » ou PlanGrid, bruyamment rachetée par Autodesk il y a quelques mois. D’autres pans, moins matures, s’annoncent déjà prometteurs, comme l’irruption des véhicules autonomes sur les chantiers (Built Robotics). Le secteur se désilote et lorgne sur des horizons séduisants, de la greentech à la ville du futur…

En France, l’écosystème en pleine structuration

Mais la liste ne s’arrête pas là, y compris en France où les arrivées remarquées, les annonces de croissance à deux chiffres minimum et les levées de fond conséquentes et inédites dans le secteur se succèdent, comme récemment l’éditeur de solutions BIM Wizzcad, symbolisant, parmi d’autres, la promesse de gains de productivité décuplés, tout comme BulldozAIR, solution de gestion de projet pour les équipes de construction. L’imprimeur 3D XtreeE se lance lui dans les projets d’infrastructures, tandis que la numérisation du chantier et le recentrement du secteur autour de la data s’annoncent avec Kaliti ou que Tracktor s’avance comme un poids-lourd sur un marché inédit, celui de la location d’engins de chantier. En France encore, le mouvement touche même les fondamentaux de l’innovation, comme le e-commerce, avec Warmengo, mais aussi des marchés d’avenir, comme le circulaire, avec Hesus.

Un panorama qui serait incomplet sans évoquer l’existence d’un écosystème autour de ces start-ups, qui sont loin de se développer chacune dans leur coin. Au-delà des pépites qui ont montré la voie et rassuré certains investisseurs, les fonds et structures dédiées à l’accompagnement se multiplient depuis moins de cinq ans, comme le « CSTB’Lab », l’accélérateur de l’établissement public du bâtiment. D’autres, non spécialisés, s’intéressent également au bâtiment : qui aurait cru que l’« amorceur » de LaFourchette ou de Doctolib s’intéresserait quelques années plus tard à une pépite du BTP ? Le financement du développement des acteurs du BTP intéresse aussi les structures publiques comme Bpifrance, les parcours entrepreneurs se multiplient dans les écoles d’ingénieur et les grands groupes ne sont pas en reste entre corporate ventures et structures d’accompagnement dédiées, à l’instar du programme SEED, mené par VINCI. Les entrepreneurs du BTP ne sont plus seuls !

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